Pauvre Platoche, pauvre misère

Platoche croyait vraiment en avoir fini avec la justice. Encore raté ! Le parquet national financier vient d’ouvrir contre Michel Platini une information judiciaire pour « corruption active et passive », sur l’attribution litigieuse par la FIFA de l’attribution de la Coupe du monde 2022 de foot au Qatar en décembre 2010. Bon, si les malheurs de la star du foot français et ancien vice-président de la FIFA sont pour vous du chinois, y a pas le feu au lac !

Ben si, justement. Je résume :  Michel Platini avait voté pour le Qatar et pas pour les Etats-Unis, comme il l’avait promis. On a bien le droit de changer d’avis ! Oui mais, neuf jours avant le vote, Platini avait participé à un déjeuner secret à l’Elysée avec le président Sarkozy et le prince héritier du Qatar. C’était la lune de miel entre la France et l’émirat gazier. Selon France Football, en échange de la promesse du vote favorable au Quatar, les Qatari rachèteraient le PSG et créeraient la chaîne TV sportive BeIN pour concurrencer Canal +.Les événements s’enchaînent  :  décembre 2010, le Qatar obtenait le mondial 2022 ; en juin 2011, il rachetait le PSG et fin 2011, le fils de Platini était embauché par une filiale du fonds souveraine de l’émirat. Simples coïncidences ou exécution d’une promesse ? 

Ça y est, vous voyez le deal : « passe-moi la salade, je t’envoie la rhubarbe », comme avait dit Sarkozy à propos des arrangements électoraux. En juin 2018, Michel Platini avait été mis en garde à vue et interrogé par les policiers de l’office anticorruption. Il avait expliqué que Sarkozy ne lui avait pas demandé de voter pour le Qatar, mais qu’il avait « senti qu’il y avait un message subliminal ». Ah, la psychologie, ça compte chez des stars du foot ! Selon Le Monde, « en octobre 2010, un mois avant le déjeuner à l’Elysée, M. Platini avait rencontré, à Genève, Tamim Al-Thani. L’ex-patron du football européen (2007-2015) explique avoir dit à l’émir du Qatar : « Je vote pour toi, mais il faut que la Coupe du monde soit organisée dans tous les pays du Golfe. » A sa sortie de garde à vue, son avocat avait proclamé : « Beaucoup de bruit pour rien. Nous sommes sereins et confiants dans l’avenir ». Ces maîtres du barreau, toujours le mot pour rire !

Pour que vous y voyiez plus clair dans cette sombre affaire, je dois vous rappeler qu’un mois après le vote de la FIFA pour le Qatar, Platini avait obtenu le versement de 2 millions de francs suisses pour un complément de salaire, quand il était conseiller du président de la FIFA, Sepp Blatter. Renvoi d’ascenseur ? Quand le « paiement différé » avait été rendu public, scandale, enquête pénale et démission de Blatter et de Platini, banni pour quatre ans de toute activité dans le foot. 

Attendez, c’est pas fini ! Platoche, c’est pas le genre à se laisser abattre. Dès la fin de sa suspension, il a lancé une vaste contre-attaque médiatique et judiciaire : un livre « Entre nous » dans lequel il règle ses comptes avec Blatter et le comité d’éthique de la FIFA et quelques interviews de complaisance avec ses potes journalistes sportifs. Il a réclamé à l’UEFA le paiement d’arriérés de salaire et un bonus, ainsi que le paiement de ses frais d’avocats. Non mais ! Et plein de projets, Platini : « Je reviendrai. Je ne sais pas où, je ne sais pas comment. Je ne peux pas rester sur une suspension, même si c’est une suspension faite par des abrutis ». Combatif, Platoche !

Oui, mais ça, c’était avant. La justice va finir par rattraper le pauvre Michel et peut-être Sarkozy, qui s’est servi de lui pour améliorer ses relations avec le Qatar. Le petit et riche émirat gazier a investi 30 millards d’euros en France dans le tourisme, l’immobilier, les médias.  La France est le deuxième partenaire commercial du Qatar et lui vend des armes pour 20 milliards. Corruption ?Vraiment, il faut tout vous expliquer.  Le foot, c’est aussi une arme de la diplomatie. Et dans ce jeu qui le dépasse, le pauvre Platoche a joué le rôle de l’idiot utile. Pauvre Platoche, pauvre misère, comme l’aurait chanté Brassens. 

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