Artiste, pas pédophile !

La France est secouée par un nouveau scandale : un écrivain célèbre de 83 ans, Gabriel Matzneff, est accusé par l’éditrice Vanessa Springora, dans son livre Le Consentement, d’avoir abusé d’elle lorsqu’elle avait 14 ans, en 1986. Toute la République des lettres, le monde politique, les mouvements féministes s’étranglent de fureur : comment a-t-on toléré si longtemps cet odieux personnage ? C’est l’hypocrisie de toute une époque qui est remise en question. 

Avec Gabriel Matzneff, on ne peut pas prétendre qu’on ne savait pas. Depuis plus de 50 ans, ce descendant de hobereaux russes émigrés en France professe sa pédérastie, son goût pour les jeunes garçons et les jeunes filles. Il fut l’intime de Montherland et d’Hergé. Journaliste, écrivain, familier des politiques, ce mondain a su s’attirer l’amitié de Mitterrand, qui lui rendit un hommage flamboyant  : « Ce séducteur impénitent, qui se définit lui-même comme un mélange de Dorian Gray et de Dracula…» Pour Jean d’Ormesson : « un sauteur latiniste, un séducteur intellectuel, un diététicien métaphysique ». Tant d’hommages pour un auteur prolifique, auteur de plusieurs dizaines de romans, d’essais, de carnets célébrant, selon Le Monde : « l’éternel initiateur des jeunes filles intelligentes qui s’accordent la pleine découverte du plaisir, en toute sécurité…il a subi la vindicte de ceux qui ont voulu le cataloguer pédophile ». On croit rêver !

L’auteur à succès est encensé par la République des lettres, il tient une chronique dans Le Monde. Il est aussi une star de la télévision, invité six fois par Bernard Pivot dans sa célèbre émission Apostrophes. Il milite pour la révolution sexuelle pour tous et il rédige même un appel en faveur d’inculpés d’attentat à la pudeur sur des mineurs de quinze ans, soutenu par 69 personnalités dont Aragon, Simone de Beauvoir, Sartre, Barthes, Chéreau ! Il réclame que le Code pénal reconnaisse « le droit de l’enfant et de l’adolescent à entretenir des relations avec les personnes de son choix ». 

Le monde politique et littéraire s’enthousiasme pour son talent : il reçoit un prix de l’Académie  française et le Renaudot essai, il est fait officier de Arts et des Lettres. Il touche même une allocation du Centre national de Livre et bénéficie d’un appartement de la Ville de Paris depuis 1994. Un artiste, « l’homme cultivé qui ose briser les tabous, choquer le bourgeois. Un héritier de Gide, de Byron et de Casanova »! Matzneff, un pédophile ! Pas du tout, c’est un artiste !

Aujourd’hui, le monde a changé, les yeux se sont ouverts sur la liberté sexuelle prônée par les prédateurs. La fascination des intellectuels pour la pédophilie remonte loin. Nabokov, Gide citent la Grèce antique pour promouvoir la pédo-sexualité contre l‘ordre moral. Même le mouvement gay veut abolir l’âge minimum pour des relations sexuelles. Il a fallu que des associations de protection de l’enfance relayées par les réseaux sociaux donnent enfin la parole aux victimes des pédophiles. L’affaire Polanski, les accusations contre Woody Allen et le photographe Hamilton, les mises en cause de l’actrice Adèle Haenel ont fait prendre conscience que « la vie d’une adolescente anonyme n’est rien face au statut d’un écrivain », comme l’écrit Vanessa Springora dans son livre La Confession.  

Mais le monde change trop vite pour les barbons de l’intelligentia, comme le vénérable Bernard Pivot, qui avoue « regretter de ne pas avoir eu les mots qu’il fallait », lorsqu’il demandait benoîtement à Matzneff pourquoi il préférait les jeunes filles de 16 ans.  C’était une autre époque, se défendent maladroitement les grands auteurs d’avant, enfin ceux qui restent. On ne fera pas le procès de la complaisance à Sartre, Barthes, Chéreau et les autres, ils sont tous morts ! La société ne tolère plus ce genre de violences sexuelles, dont sont victimes 165 000 enfants chaque année. Et les parents des jeunes filles qui se rebellent et dénoncent doivent se demander comment ils ont pu, en toute naïveté ou par calcul, confier leurs enfants à de séduisants artistes qui abusaient d’eux. Le monde a changé, c’est fini, tout çà ! Vous croyez vraiment ? Aujourd’hui, les prédateurs sexuels ne prennent plus de risque, ils préfèrent chasser dans les paradis touristiques trop heureux d’encaisser leurs devises sonnantes et trébuchantes.  

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