Bienvenue en enfer !

Autrefois, la sagesse populaire allemande disait : Wie Gott in Frankreich - qu’on traduisait : Comme un coq en pâte. En 2020, Dieu a déserté la France et peu d’Allemands viendraient y retrouver la douce France de leur jeunesse. Depuis un mois, le « cher pays de mon enfance » chanté par Trenet est encalminé dans un tourbillon de grèves, de manifestations, de blocages et de violences des opposants à la réforme des retraites. C’est cette dépression française que l’historien et essayiste Jacques Julliard analyse dans Le Figaro, sous le titre : « Ce que la grève dit de la France ».

Son analyse dans un journal de droite ne va pas plaire à la CGT et à son moustachu Philippe Martinez. Pas plus qu’au vibrionnant leader maximo de la France Insoumise, l’éructant Jean-Luc Mélanchon. Mais bon, on ne peut pas plaire à tout le monde, surtout dans un journal qui porte fièrement la devise de Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». Pour la liberté de blâmer, Julliard est remet une couche. ll rappelle que les cheminots sont en grève à cause de la réforme de leur statut, « les profs à cause de la réforme du bac, les étudiants à cause des loyers trop chers, les infirmières parce qu’elles sont débordées et les policiers parce qu’ils ne sont plus respectés. Et tout le monde parce qu’il y en a marre«. Et notre penseur de droite conclut : « La grève est un phénomène social agglutinant, où, comme dans les auberges espagnoles, on peu apporter son manger ou plutôt sa rancoeur ». L’impertinent ! Encore un qui ne comprend rien à la révolte des masses laborieuses !

Notre analyste enfonce le clou : dans tous les pays, on revendique d’abord, on négocie ensuite et si ça échoue, on fait grève. Pas en France : «  c’est la grève qui est première et qui se découvre progressivement à elle-même ses motivations profondes…c’est la grève qui permet de formuler la revendication proprement dite ». Et voilà pourquoi la France est la championne des grèves. Attendez, le pire est à venir, sous la plume féroce de Julliard : en France, une grève réussie, c’est celle qui a mis beaucoup de monde dans la rue. « C’est un jeu de poker menteur, qui se joue à la télévision et sur internet. La « lutte » est en réalité un simulacre, destiné à désigner le vainqueur, comme dans certains combats entre chiens ou entre loups. Qui finira par tendre la gorge à l’autre ? » Non, mais vous l’entendez ?  Et la convergence des luttes revendiquée par la CGT, la mobilisation populaire célébrée par la France Insoumise, tout ça, c’est du pipeau ?

Julliard cite cette belle formule de l’écrivain Sylvain Tesson : la France, « un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer ». D’accord, la France n’est pas un paradis pour les millions de chômeurs, ni pour les retraités qui vivotent avec un petite pension, ni pour les salariés qui vivent sous le seuil de pauvreté. Mais en France, on ne meurt pas de faim, l’Etat aide les plus déshérités,  les plus pauvres sont soignés. La vie est certainement plus dure dans le sud de l’Italie, en Grèce ou en Albanie. Alors, pourquoi les pauvres en Europe ne se mobilisent-ils pas pour renverser leur gouvernement ? 

Pour un observateur suisse, qui a choisi de passer sa retraite en France, pays de ses aïeux, la France est une énigme et son système politique, un mystère. Dieu en France, c’est le président de la République, adoubé tous les cinq ans par une minorité de Français. Il règne à l’Elysée et, pour les Français, « il est tout, il a tout et il peut tout ». La Sécu est en déficit, le système de retraite est menacé, l’hôpital public va à vau-l’eau, les huîtres meurent de pollution, c’est la faute à Macron ! Du pognon, il en a, il a qu’à casquer ! Dans la rue, les manifestants crient : « Macron, nos retraites !». Comme l’écrit Julliard : en France, « la politique est réinstallée dans un univers magique ». Pour la France Insoumise et la CGT, la recette est simple : le régime des retraites est en déficit ? Ya qu’à taper au portefeuille les évadés fiscaux qui planquent leurs milliards en Suisse, au Luxembourg ou dans les paradis fiscaux. Comme l’affirmait le regretté Jean Yanne : « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est la devise des éboueurs ». 

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