La France de la haine

La France bascule depuis des semaines dans un univers qui fait peur : la haine du président de la République. Bien sûr, les moqueries, les insultes, les grossièretés ne sont pas nouvelles dans un pays divisé, où la figure jupitérienne du locataire de l’Elysée concentre toutes les attaques. Tous les présidents de la Ve République ont subi leur lot d’avanies. Mais jamais les attaques n’ont atteint un tel niveau ! 

L’opposition politique - de Marine Le Pen à Mélenchon - conteste la légitimité du président, vous savez, il n’a fait que 20% des voix au premier tour. Le député France Insoumise François Ruffin, dans un pamphlet « Ce pays que tu ne connais pas » exhale sa haine du président : « A ce seul nom de Rothschild, sans chipoter, je vous avais classé salopard de banquier ultralibéral ». « Votre tête ne me revient pas…les traits réguliers, le nez droit, la peau lisse, la mâchoire carrée »

Les gilets jaunes sont encore plus radicaux : ils rejettent un président trop jeune, trop intelligent, trop compétent, ancien banquier, arrogant. Regardez les pancartes des manifestants contre la réforme des retraites, avec le président grimé en Louis XIV, en roi guillotiné, « La chasse présidentielle est ouverte », « Macron traître, le peuple aura ta peau », « le type croit encore qu’il est Dieu, il mérite qu’on lui coupe la tête ». Il y a un an, au Puys-en-Velay, des gilets jaunes surexcité, avaient poursuivi la voiture présidentielle, en huant : Mort à Macron. C’est vrai que Macron a aussi mis de l’huile sur le feu, en disant aux manifestants licenciés de chercher du travail « au lieu de foutre le bordel » ou en promettant de ne rien céder « ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ».

C’est surtout sur les réseaux sociaux, lâchement à l’abri derrière leur pseudo, que les ennemis de Macron se déchaînent. Sur le site Mediapart, qui a choisi de laisser chacun s’épancher sans filtre : « j'ai jamais vu un étron  régner, moi! ; ce "petit caporal" d'opérette pour prendre la direction du pays ; « Pas de cons promis, retournez dans vos asiles », le sigle de la République en marche inséré dans une croix gammée. Mais le pire, ce sont les attaques personnelles contre Brigitte Macron, l’épouse du président, qui a 25 ans de plus de son mari. Là, on atteint des bassesses : les internautes insinuent que le président serait gay, qu’il aurait eu comme amant son ancien conseiller Benalla, qu’on se sait pas ce qui se passe dans leur chambre à coucher ! Dans les commentaires du site Mediapart, on trouve ces ignominies : « c'est un malade, c'est un psychopathe, mais il a des circonstances atténuantes : il a été violé à 15 ans par son éducatrice » ; « Même les plus proches conseillers de la présidence rêvent de voir cette pédophile hors d'état de nuire ».  C’est ça, la liberté d’expression, le droit du citoyen de critiquer son président ? Objection, votre Honneur !  Ces infamies relèvent de la calomnie et de la diffamation publique, c’est à dire d’une « allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération », qui est punie d’une amende de 45000 euros.

Alors, pourquoi le président de la République tolère-t-il ces attaques ? Pourquoi ne porte-t-il pas plainte ? Naïf que vous êtes ! Le président de la République a un statut juridique particulier prévu par la Constitution. On ne peut pas porter plainte contre lui, pendant son mandat, mais la liberté d’expression des Français est sauvegardée. Ils peuvent critiquer et attaquer le président. De Gaulle avait saisi la justice contre des écrivains et des journalistes pour offense au chef de l’Etat, Pompidou aussi, mais ni Giscard, ni Mitterrand n’avaient contre-attaqué. Sarkozy avait porté plainte au pénal, mais avait retiré sa plainte. 

Vous voyez Macron porter plainte pour calomnie ou diffamation, mais contre qui ? Contre les courageux internautes qui se cachent derrière leur pseudo pour l’insulter ? Autant balancer une grenade dégoupillée contre les gilets jaunes ! Les gros bras de la CGT et les imprécateurs de Mélenchon n’attendent que ça pour marcher en rangs serrés sur l’Elysée et planter enfin la tête de Macron sur une pique révolutionnaire. Pour se défendre, Macron n’a que sa parole : « Je ne peux pas accepter la haine, la violence et l’irrespect. Dans une dictature, on a le droit de le faire. Mais en démocratie, la non-violence est un devoir ». Quel aveu de faiblesse ! Jupiter sans sa foudre ! Le président de la République est comme le géant Gulliver ficelé par les nains. 

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