Champion de la biture

Pas de quoi être fier : l’Occitanie, où j’ai choisi de passer ma retraite, est la région de France où l’on boit le plus d’alcool. Selon Santé publique France, « La consommation d’alcool est l’une des principales causes de mortalité évitable « avec 41 000 décès en 2015 », 30 000 chez les hommes et 11 000 chez les femmes ». 41 000 morts, c’est la population de ma ville, Alès !

Le constat de l’agence sanitaire Santé publique France fait froid dans le dos : « 23,6 % des adultes de 18-75 ans dépassaient les repères de consommation en 2017 (maximum de dix verres par semaine, maximum de deux verres par jour, et des jours dans la semaine sans consommation). En outre, « 10 % des 18-75 ans consomment à eux seuls 58 % de l’alcool consommé ». Résultat : entre 1,2% et 3% des passages aux urgences sont dû à l’alcool. Il y a des années que les études montrent que l’alcool est une des principales causes de décès en Occitanie. En 2015, un tiers des morts sur la route était dû à l’alcool, surtout la nuit du week-end. Chaque lundi, la même chronique macabre : des jeunes, bourrés à la sortie de boîtes de nuit, se tuent au volant. Les 18-24 ans comptent pour 25% des morts du petit matin. Que fait la police ? Elle fait souffler dans le ballon et verbalise. Mais on ne peut pas mobiliser un pandore devant chaque boîte de nuit. 

Les temples de la biture, ce sont les fêtes votives organisées dans chaque village et les ferias. On y va en famille, on rigole avec les copains et on picole. C’est pas grave, on s’éclate. Une gueule de bois n’a jamais fait de mal à personne !  A Montpellier, à Toulouse, à Nîmes, à Montauban, le pinard, c’est une tradition culturelle, comme la corrida et le rugby. Sauf que ça tue beaucoup plus. En Occitanie, le plus grand vignoble de France, on se biture au vin. Dans ma région, on est fier de ses Cabernet Sauvignon, Costière de Nîmes, qui s’arrachent dans les foires aux vins organisées par les grands surfaces. Le vin, c’est une grosse affaire : 2,4 million d’hectolitres l’an dernier, 850 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les Chinois et les Américains en raffolent. C’est aussi une arme politique : en visite en Chine, le président Macron a offert à Xi Jinping une bouteille de Romanée-Conti 1978.

Alors, quand l’agence de santé publique lance l’idée d’un Dry January (janvier sec) comme aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, le lobby du pinard sort l’artillerie lourde. Le président Macron promet aux barons du champagne qu’il n’y aura pas de mois sans alcool. Son ministre de l’Agriculture, fier champion des viticulteurs, en rajoute : «Je trouve ça aberrant. Je préfère la modération toute l'année, que l'interdiction et la prohibition un mois de l’année». Les associations de lutte contre l’alcoolisme ont beau protester. On ne va pas gaspiller l’argent public pour financer une opération qui fâche les Français. On a déjà claqué 17 millards pour apaiser les gilets jaunes. Et tant pis si les hôpitaux et les morgues sont remplies de victimes de l’alcool au volant ou à la fête !

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