Tsunami sur les médias publics

C’est un tsunami qui déferle sur les médias publics. La BBC doit économiser 80 millions de £ et supprimer 450 postes ; Radio France doit réduire son budget de   60 millions de € et liquider 299 emplois et la Radio Télévision suisse, à Genève, où j’ai passé 31 ans comme journaliste, doit économiser 15 millions de francs et biffer 23 postes. Quelle malédiction frappe les médias de service public, financés par l’argent des contribuables et la publicité ? 

Facile à comprendre : le public ne ne veut plus payer ce qu’il trouve gratuitement dans les médias privés financés par la publicité. Résultat : la publicité s’effondre dans les médias publics. Fini le temps où l’auguste BBC, la vénérable Radio France et l’attrayante RTS avait ses fidèles qui suivaient ses programmes tous les jours ! Finie la belle époque où le contribuable payait sans rechigner sa redevance ! Finie aussi l’époque où les annonceurs se battaient pour vendre leurs produits sur les chaînes publiques de radio et de TV ! Aujourd’hui, les gouvernements, soutenus par l’opinion publique, appliquent la rigueur budgétaire aux médias et la loi du marché ravage les rédactions. A Londres, à Paris ou à Genève, les médias publics ont mauvaise presse : une TV pour les vieux, une radio ringarde, des présentateurs payés comme des ministres ! Le public préfère les jeux richement dotés, les  émissions de variétés avec des vedettes populaires et les séries américaines diffusées par les chaînes privées. Et c’est gratuit, puisque c’est payé par la pub !

Les gouvernements, qui décident de la redevance et qui fixent les minutes de pub, ont bien senti le vent. Et ils écoutent les électeurs mécontents : pourquoi payer pour des émissions qu’on ne regarde pas et qui sont produites par des gauchistes ? Le premier ministre britannique, le volcanique Boris Johnson, ne supporte plus la BBC qui se permet de critiquer sa politique. A Paris, le président Macron affirme que « l’audiovisuel public est la honte de la République » et l’accuse de gaspiller l’argent public, et ses journalistes, de manquer d’éthique. En Suisse, la droite libérale a mené campagne pour supprimer la redevance. Les électeurs ont dit non, mais ils ont contraint les médias publics à économiser 100 millions de francs et obtenu une baisse de la redevance. 

Alors, on sabre et en licencie. A la BBC, c’est le massacre : des émissions célèbres sont supprimées, comme le magazine d‘information Newsnight. A Radio France, on fait le ménage et on brade les émissions, comme La tête au carré. A la RTS, on liquide aussi des émissions comme Au coeur du sport dont l’audience baisse, on licencie une dizaine de journalistes et on n’embauche plus. Partout, les dirigeants des chaînes publiques essayent de remonter le courant. Place aux nouvelles formules pour séduire les jeunes, à Internet et aux nouvelles technologies. Les ados kiffent une TV qu’ils regardent sur leur smartphone avec les présentateurs de leur âge ? On invente des capsules - des émissions courtes et rigolotes. Le public en a marre de ces grand messes, le journal télévisé compassé du soir ? On lui donne de l’infodivertissement à consommer à n’importe quelle heure sur smartphone et tablette. La TV de papa coûte trop cher, trop de personnel avec un matériel hors de prix ? On réduit les équipes, on limite la préparation, le tournage et le montage des émissions. 

J’ai connu les années de vaches grasses de la TV. On partait en reportage à quatre (un réalisateur, un journaliste, un cameraman et un preneur de son) avec 150 kg d’équipement. On préparait pendant deux semaines, on tournait pendant 10 jours et on montait le film pendant deux semaines avec une monteuse qui coupait et collait la pellicule, comme pour le cinéma. Et il n’y avait pas d’analyse d’audience. Fini, tout ça ! le journaliste reporter d’image a une semaine pour préparer, tourner avec son smartphone et monter lui-même son reportage. Les publicitaires consultent chaque jour les audiences pour savoir où ils vont investir. L’avenir, c’est le numérique et la convergence : on regroupe radio, TV et Internet dans des centres multimédias et on produit des émissions pour les trois médias. Ça coûte moins cher et ça attire la pub. C’est le temps des vaches maigres ! Nostalgique, moi ? Comme le chante Bob Dylan : The times they are a-Changin’.

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