Chaos à Des Moines

Vous avez déjà mis les pieds dans l’Iowa ? vous ignorez les splendeurs de sa capitale, Des Moines ? C’est que vous ne connaissez rien à la tambouille électorale américaine ! Tous les quatre ans, en février, ce petit Etat de 3 millions d’habitants est le centre du monde pour les candidats à la présidence des Etats-Unis. Les malheureux enfilent leur parka et chaussent leurs bottes pour arpenter les mornes campagnes, sous la neige et dans le froid, et convaincre les rudes paysans de voter pour eux. Faut vraiment avoir envie d’être président ! 

La primaire de l’Iowa, c’est un enjeu mythique de l’élection présidentielle américaine. Selon la légende pieusement répétée, celui qui gagne cette élection sera « The Next President of the USA ». C’est tout faux : le seul candidat républicain à gagner le caucus et l’élection présidentielle fut George W. Bush en 2000 ! Les vainqueurs démocrates en Iowa ont été battus à la présidentielle. Faire campagne dans l’Iowa, c’est vraiment mettre les mains dans le cambouis. Là-bas, vous pouvez oublier les spots TV à 100 000 $, les meetings géants et les discours formatés par vos conseils en comm’. Il faut rencontrer les électeurs dans des salles de paroisse ou des écoles, serrer des mains, plaquer des bisous et surtout répondre à des questions sur le prix du maïs et le coût de l’assurance-maladie. Ça coûte une fortune, et ça vous oblige à un marathon quotidien. 

Tous les quatre ans, mes excellents confrères américains se prennent la tête, comme le New York Times : « Pourquoi un Etat aussi blanc de manière disproportionnée devrait avoir un rôle important, surtout pour le parti démocrate si fier de sa diversité ? Pourquoi un méli-mélo de réunions dans des salles d’école est-il le pinacle de la démocratie américaine ? »

Ah oui, je ne vous ai pas encore expliqué les bizarreries de la primaire dans l’Iowa ? C’est la machine à remonter le temps, dans cet Etat rural dont la fière devise est : « Nous estimons nos libertés et nous maintiendrons nos droits ».  Ici, on choisit les 56 délégués à la convention du parti démocrate qui élira le candidat à la présidence selon le système du caucus. Accrochez-vous, faut suivre ! Dans les 1784 circonscriptions, les électeurs inscrits se réunissent dans des écoles, des églises ou des bibliothèques. Ils indiquent leur préférence pour un des candidats et essaient de convaincre leurs voisins, pendant une demie-heure. Puis, ils se joignent aux supporters d’un autre candidat, qui n’aurait pas obtenu 15% des soutiens. Il y a donc des candidats de premier et de second choix. Attendez, c’est pas fini ! De nouveaux caucus sont organisés au niveau du comté, du district et de l’Etat pour désigner enfin les 56 délégués de l’Iowa à la convention nationale démocrate. 56 sur 4366 ! En Iowa, on ne vote pas, on cause entre voisins, comme du temps des Pères Fondateurs, au XVIIIe siècle. Mais ldes yeux de toute l’Amérique sont fixés sur ce minuscule Etat, dont les résultats sont censés prédire l’élection de la femme ou de l’homme le plus puissant du monde !

Alors qu’ils avaient plus de trois ans pour se préparer, les démocrates de l’Iowa ont été incapables de proclamer les résultats de la primaire. Pour assurer la transparence de l’élection, ils ont créé une « usine à gaz » : pour chaque circonscription, ils ont compté le nombre de délégués et le nombre de supporters pour le premier tour et le second tour ! Personne ne sait ce qui a foiré, la technologie ou une défaillance humaine ? Résultat : dans la nuit, cinq des candidats ont proclamé qu’ils avaient gagné. On ne vous parle pas d’une République bananière, on vous parle de la première démocratie au monde, les Etats-Unis ! Le pays de la technologie de pointe, la patrie d’Apple, de Google, d’Amazon ! L’explication est peut-être politique. Selon le New York Times : « Les électeurs démocrates sont si terrifiés à la perspective que Donald Trump soit réélu qu’ils marchent à reculons pour éviter ce qui s’est passé en 2016 », lorsqu’ils avaient choisi Hillary Clinton qui avait été battue par Donald Trump. 

Et pendant ce temps, qui se marre à Washington ? Donald Trump, qui ironise sur ses adversaires démocrates, Joe Biden, « l’endormi », et Bernie Sanders, « le communiste ». Le vieux sénateur  aurait mieux fait de la fermer quand il annonçait triomphalement : « Le premier Etat du pays a voté et aujourd’hui marque le début de la fin pour Donald Trump ». Devant le désastre de la primaire démocrate en Iowa, le président a un boulevard pour être réélu en novembre. Il a échappé à la destitution, son camp est derrière lui et ses adversaires sombrent dans le ridicule. Ainsi va le monde politique au pays de l’Oncle Sam. L’élection présidentielle, ça fait penser à la chanson de Abba  : The Winner Takes It All » : « J’ai joué toutes mes cartes/ C’est aussi ce que tu as fait/ Plus rien à dire/ Plus d’as à jouer/ Le vainqueur ramasse tout »

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