Clint For Ever

Je viens de voir le dernier film de Clint Eastwood, « l’affaire Richard Jewells » et j’ai adoré. Quoi, encore un navet de ce vieux facho, l’inspecteur Harry, le supporter du lobby des armes, le thuriféraire du droit de tuer ? Attendez : le vieux Clint est plus complexe que l’image qui lui colle à la peau ! En 50 ans de carrière derrière la caméra, le regard de Eastwood sur l’Amérique a bien changé. 

Vous en êtes resté au flic impitoyable de ses débuts, au vengeur implacable, au vétéran raciste, au sniper sans état d’âme. A près de 90 ans, Clint vaut mieux que ça. Toujours ce visage buriné, sculpté comme un Indien, ce regard bleu qui vous toise. Toujours ce goût pour la violence du justicier. Toujours cette fascination pour une Amérique qui a fait de lui une légende du cinéma, qui collectionne les Oscars. Mais, depuis une dizaine de films, Clint met en scène des héros américains, pas toujours recommandables, comme dans American Sniper (un tireur d’élite qui élimine l’ennemi), The Mule (un jardinier paumé qui trimballe de la drogue) ou Gran Torino (un vétéran raciste qui se sacrifie pour sauver ses voisins asiatiques).    

Ce qui me fascine chez ce vieux cinéaste, c’est qu’il révèle, sous le vernis d’une société fascinée par le fric et les armes, les turpitudes et les grandeurs d’Américains moyens dont il fait des icônes populaires. Tenez, prenez  Chris Kyle, le tireur d’élite, qui aurait abattu des centaines d’ennemis en Afghanistan avant d’être tué chez lui par un dingue. Pour les uns, c’est un héros, pour les autres un ignoble assassin. Prenez Earl Stone, le vieux jardinier aux abois, qui accepte de transporter de la drogue pour un cartel. Un vieillard sympa ou un trafiquant ? Et Walt Kowalski, le vétéran de Corée, qui déteste les Jaunes, mais qui va affronter sans arme les jeunes caïds. Un raciste ou un sauveur ? 

Même ambiguïté chez Richard Jewell, le héros du dernier film d’Eastwood. Cet agent de sécurité obèse qui rêve de devenir flic a trouvé la bombe qui va exploser pendant les JO d’Atlanta et il devient un héros. Mais le FBI est persuadé qu’il est le terroriste et va le harceler pendant trois mois. La presse se déchaîne et il faudra qu’un avocat coriace le fasse blanchir. Jewell, un pauvre type victime de la machine à broyer de la police et des médias. C’est ça qui fascine Eastwood, lui qui a toujours été du côté de la loi et de l’ordre. 

Bien sûr, Clint tord un peu la vérité en racontant cette histoire vraie. Le FBI et le journal local ont protesté : le FBI ne manipule jamais les suspects ! Aucune jeune journaliste ne promettrait une faveur sexuelle à un flic pour obtenir un scoop ! Clint s’en fout. Il y a longtemps qu’il n’a plus d’illusion sur la police et les médias. Dirty Harry, le vengeur impitoyable qui flinguait à tout va, est devenu ce vieux sage cynique et généreux qui raconte l’histoire de gens ordinaires à qui il arrive des choses extraordinaires. Des gens comme vous et moi, ni meilleurs ni pires, ni anges ni salauds. 

Je sais bien que, dans ses films, Eastwood réserve toujours les premiers rôles à des mecs. #MeToo, c’est pas vraiment son truc ! Quand on a passé toute sa vie à jouer les machos, on ne se refait pas, à 89 ans. Mais il connaît bien les femmes comme Francesca, cette femme de fermier jouée par Meryl Streep dans La route de Madison ou Kathy Bates, la mère de Richard Jewell, qui lance un appel au président pour sauver son fils. Je sais aussi que le vieux Clint milite avec la National Rifle Association pour le droit de porter une arme. Je n’ignore pas qu’il a voté Trump avec son franc-parler habituel : « Trump tient quelque chose, car en secret, tout le monde commence en avoir marre du politiquement correct, de faire de la lèche. On est en pleine génération lèche-cul maintenant ». Je sais tout ça, mais ça ne m’empêche pas de beaucoup aimer ses films. Take care Mr Eastwood! I vote Clint for Ever!

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