Toilet paper & Guns

On pouvait s’y attendre, mais quand même, on est consternés. De quoi ? Je vais rester poli : de la …bêtise humaine ! En France, en Suisse, on se rue dans les supermarchés pour piller les rayons de pâtes et de papier toilette. Aux Etats-Unis, les armuriers se frottent les mains : les ventes d’armes explosent. Partout, la peur de manquer.

On comprend mal la peur de manquer du papier Q. C’est un article important pour un ménage, chaque Européen en consomme 13 kg par an, 40% sont produits en Europe, à base de papier recyclé. Mais personne n’en n’a jamais manqué. Même chose pour les pâtes. Pourquoi stocker ? On ne sait jamais, mon bon Monsieur ! Déjà qu’il faut une autorisation pour faire ses courses et que le gouvernement va me confiner chez moi quelques semaines de plus. Vous allez voir qu’il va bientôt me rationner ! 

Pour les armes, c’est le même réflexe chez des milliers d’Américains. Ils ont déjà plus de 300 millions de pistolets et de fusils, puisque c’est un droit constitutionnel. Mais les nouveaux acheteurs ont la trouille. Pas de tomber malade du virus, pas non plus de perdre leur boulot, mais d’être privés de flingue si le gouverneur décide de fermer les armureries, toujours considérées comme des commerces essentiels. Et puis, il vaut mieux être armé pour se défendre si les gens commencent à se battre pour acheter à manger ou du toilet paper !

Malheureusement, quand une crise tue des milliers de malades, qu’elle ravage l’économie, quand les gouvernants tâtonnent pour essayer d’arrêter l’épidémie, les vieux réflexes renaissent : ma vie et ma famille d’abord, pour la solidarité, on verra plus tard ! Le président et ses ministres peuvent bien me seriner que je dois rester chez moi, que je dois sortir seulement pour acheter l’essentiel et renoncer à promener mon chien plus d’une heure. C’est moi qui décide comment je vais survivre. Je fais des provisions pour plusieurs semaines en attendant le rationnement. Je vole des masques de protection puisqu’on n’en trouve plus en pharmacie. Et je m’achète une arme pour me protéger puisque la police arrive toujours trop tard. Selon la funeste philosophie de la National Rifle Association, le puissant lobby des armes aux USA : « The only thing stopping a bad guy with a gun is a good guy with a gun ». Un brave type armé est la seule façon d’arrêter un criminel. On n’en est pas encore là chez nous. Mais quand la peur s’installe, on peut craindre le pire. L’épidémie est en train de bouleverser votre manière de vivre et nos valeurs. 

Dans Le Monde, la philosophe Claire Marin explique : « A force de nous considérer comme des individus, autonomes, séparés, distincts les uns des autres, nous avons fini par oublier à quel point nous sommes pris dans des flux où nous ne faisons pas que cohabiter : nous sommes liés les uns aux autres. Nous nous transmettons de la joie, des angoisses mais aussi des virus. On n’utilisait plus le terme de « contagion » que de manière métaphorique, on est ramenés brutalement à la réalité de son sens premier…L’autre, un ennemi ? Comme un ennemi peut-être pas, comme une menace peut-être. Mais aussi, je crois, comme quelqu’un qui, comme nous, découvre, dans cette épreuve, et sa propre vulnérabilité et sa dangerosité potentielle. C’est très troublant de se penser à la fois comme victime et comme responsable. C’est presque inconciliable. »

Vous croyez vraiment que c’est un hasard si les lecteurs redécouvrent La Peste de Camus, un roman publié en 1947, qui raconte comment l’épidémie a ravagé la ville d’Oran et confronté ses habitants « à l’absurdité de leur existence et à la précarité de la condition humaine » ? On finira bien par maîtriser ce maudit virus. Mais dans quel état serons-nous ? Que sera la société dans laquelle nous vivrons ?

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