En toute mauvaise foi - Page 2

  • Coup de sac chez Calvin

    Les Genevois ont une réputation bien établie : des protestants cul pincés, propres sur eux et qui aiment le fric. Selon un diction populaire dans la cité de Calvin, les régisseurs immobiliers vont prier à la cathédrale, le dimanche : »Dieu soit loué…et mes appartements aussi ! » Et les dames de la bonne société genevoise vous offrent le café en proposant : « un demi-sucre ou pas du tout ». Et les Genevois sont fiers de vous montrer, dans la salle du gouvernement, la fresque des juges aux mains coupées. Pourquoi, pour ne pas être corrompus !

    Bon, mais tout ça, comme on dit : c’était avant ! Avant quoi ? Avant le coup de sac du Conseil administratif, le gouvernement de la ville. Sur les cinq membres, quatre ne se représentent pas aux prochaines élections. Ils ont bien le droit de souffler un peu, après des années à défendre les intérêts de la cité de Calvin. Racontez ça à vos amis genevois, et vous les entendrez ricaner.  Au gouvernement de Genève, c’est le grand ménage. Mais qu’est-ce qu’il a bien pu se passer dans ce temple de la finance, ce berceau de la Croix-Rouge, pour que le printemps genevois déboulonne ces magistrats comme de vulgaires potentats arabes ? De bleu de bleu, c’est le pognon, gnôlu, comme on dit dans ma ville natale, !

    Le fringant représentant de la démocratie chrétienne, l’ambitieux Guillaume Barrazone, a dû dégager en vitesse. Ce beau et brillant juriste, parlementaire fédéral, a dû renoncer à se représenter et à dû faire son mea culpa. Selon la Cour des comptes, il a largement puisé dans l’argent public pour se faire rembourser ses frais  de taxi et de téléphone et ses achats d’alcool. La justice l’accuse de « gestion déloyale des intérêts publics ».  « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite «. C’est dans la Bible. Il avait aussi fait régler par un ami avocat son voyage à Abu Dhabi pour assister au Grande Prix de Formule 1. Si on n’a plus le droit d’aimer les vroom-vroom !

    Son collègue d’Ensemble à gauche, l’ancien syndicaliste de choc, Rémy Pagani, a vidé son bureau. Lui aussi a un peu tripoté l’argent public et un peu forcé sur les notes de frais . La vie de magistrat est dure, alors autant se faire un petit plaisir de temps en temps. Il a aussi créé la fondation « Genève, cité de refuge » pour accueillir les réfugiés, avec l’argent public, sans demander l’avis du Parlement local. Coup de bol, le militant de gauche a trouvé un banquier compatissant pour racheter le capital de sa fondation. 

    La socialiste Sandrine Salerno, plusieurs fois maire de Genève et ministre des finances, féministe de combat, qui prétendait siéger en même temps au gouvernement et au parlement, a fait financer par le contribuable ses activités de militante. Plutôt se retirer sous sa tente que de recevoir une baffe politique ! Et sa collègue verte, Esther Adler, a elle aussi un peu forcé sur ses frais de taxi. Alors qu’elle bénéficie d’un abonnement aux transports publics et au train et qu’elle peut demander à être voiturée par un chauffeur du gouvernement. Ses aimables collègues ont soutenu leur magistrate : « Ce n’est pas parce qu’on est écolo qu’on doit tout le temps être à pied ». Comme disait le duc de Savoie après le désastre de sa tentative de prendre Genève, en 1602 : « Quelle belle cacade ». Après ce naufrage politique, il n’y a qu’un survivant le socialiste Sami Kanaan.

    Alors bien sûr, à l’approche des élections municipales de mars, le fumet du pouvoir enivre les partis genevois. Les candidates et les candidats piaffent déjà dans les starting-blocks. A droite, c’est la soupe à la grimace : la belle entente traditionnelle a volé en éclat. A gauche, les socialistes lancent leurs poulains. A l’extrême-gauche, comme d’habitude, on se tire dans les pattes. Seuls les Verts se sentent pousser des ailes. Et les augures prévoient même une Genève gouvernée à gauche toute ! Un frisson d’angoisse secoue la bourgeoisie de la rue des Granges, la Chambre de commerce et la discrète finance internationale. Une Genève rouge-verte, pas bon pour les affaires !  Et  les habitants de la cité de Calvin, qu’est-ce qu’ils pensent de tout ça ? 40% sont étrangers et n’ont, en général, pas le droit de vote, sur le plan fédéral et cantonal. Depuis quinze ans, les étrangers vivant à Genève depuis 8 ans peuvent élire leur maire. Et les vrais Suisses, qu’est-ce qu’ils font le jour des élections ? Deux sur trois préfèrent le foot ou la pêche à la ligne. Le sort des « princes qui les gouvernent »? Comme dit le proverbe : « Genevois, quand je te vois, rien je ne vois ». 

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  • Bienvenue en enfer !

    Autrefois, la sagesse populaire allemande disait : Wie Gott in Frankreich - qu’on traduisait : Comme un coq en pâte. En 2020, Dieu a déserté la France et peu d’Allemands viendraient y retrouver la douce France de leur jeunesse. Depuis un mois, le « cher pays de mon enfance » chanté par Trenet est encalminé dans un tourbillon de grèves, de manifestations, de blocages et de violences des opposants à la réforme des retraites. C’est cette dépression française que l’historien et essayiste Jacques Julliard analyse dans Le Figaro, sous le titre : « Ce que la grève dit de la France ».

    Son analyse dans un journal de droite ne va pas plaire à la CGT et à son moustachu Philippe Martinez. Pas plus qu’au vibrionnant leader maximo de la France Insoumise, l’éructant Jean-Luc Mélanchon. Mais bon, on ne peut pas plaire à tout le monde, surtout dans un journal qui porte fièrement la devise de Beaumarchais : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». Pour la liberté de blâmer, Julliard est remet une couche. ll rappelle que les cheminots sont en grève à cause de la réforme de leur statut, « les profs à cause de la réforme du bac, les étudiants à cause des loyers trop chers, les infirmières parce qu’elles sont débordées et les policiers parce qu’ils ne sont plus respectés. Et tout le monde parce qu’il y en a marre«. Et notre penseur de droite conclut : « La grève est un phénomène social agglutinant, où, comme dans les auberges espagnoles, on peu apporter son manger ou plutôt sa rancoeur ». L’impertinent ! Encore un qui ne comprend rien à la révolte des masses laborieuses !

    Notre analyste enfonce le clou : dans tous les pays, on revendique d’abord, on négocie ensuite et si ça échoue, on fait grève. Pas en France : «  c’est la grève qui est première et qui se découvre progressivement à elle-même ses motivations profondes…c’est la grève qui permet de formuler la revendication proprement dite ». Et voilà pourquoi la France est la championne des grèves. Attendez, le pire est à venir, sous la plume féroce de Julliard : en France, une grève réussie, c’est celle qui a mis beaucoup de monde dans la rue. « C’est un jeu de poker menteur, qui se joue à la télévision et sur internet. La « lutte » est en réalité un simulacre, destiné à désigner le vainqueur, comme dans certains combats entre chiens ou entre loups. Qui finira par tendre la gorge à l’autre ? » Non, mais vous l’entendez ?  Et la convergence des luttes revendiquée par la CGT, la mobilisation populaire célébrée par la France Insoumise, tout ça, c’est du pipeau ?

    Julliard cite cette belle formule de l’écrivain Sylvain Tesson : la France, « un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer ». D’accord, la France n’est pas un paradis pour les millions de chômeurs, ni pour les retraités qui vivotent avec un petite pension, ni pour les salariés qui vivent sous le seuil de pauvreté. Mais en France, on ne meurt pas de faim, l’Etat aide les plus déshérités,  les plus pauvres sont soignés. La vie est certainement plus dure dans le sud de l’Italie, en Grèce ou en Albanie. Alors, pourquoi les pauvres en Europe ne se mobilisent-ils pas pour renverser leur gouvernement ? 

    Pour un observateur suisse, qui a choisi de passer sa retraite en France, pays de ses aïeux, la France est une énigme et son système politique, un mystère. Dieu en France, c’est le président de la République, adoubé tous les cinq ans par une minorité de Français. Il règne à l’Elysée et, pour les Français, « il est tout, il a tout et il peut tout ». La Sécu est en déficit, le système de retraite est menacé, l’hôpital public va à vau-l’eau, les huîtres meurent de pollution, c’est la faute à Macron ! Du pognon, il en a, il a qu’à casquer ! Dans la rue, les manifestants crient : « Macron, nos retraites !». Comme l’écrit Julliard : en France, « la politique est réinstallée dans un univers magique ». Pour la France Insoumise et la CGT, la recette est simple : le régime des retraites est en déficit ? Ya qu’à taper au portefeuille les évadés fiscaux qui planquent leurs milliards en Suisse, au Luxembourg ou dans les paradis fiscaux. Comme l’affirmait le regretté Jean Yanne : « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. C’est la devise des éboueurs ». 

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  • Artiste, pas pédophile !

    La France est secouée par un nouveau scandale : un écrivain célèbre de 83 ans, Gabriel Matzneff, est accusé par l’éditrice Vanessa Springora, dans son livre Le Consentement, d’avoir abusé d’elle lorsqu’elle avait 14 ans, en 1986. Toute la République des lettres, le monde politique, les mouvements féministes s’étranglent de fureur : comment a-t-on toléré si longtemps cet odieux personnage ? C’est l’hypocrisie de toute une époque qui est remise en question. 

    Avec Gabriel Matzneff, on ne peut pas prétendre qu’on ne savait pas. Depuis plus de 50 ans, ce descendant de hobereaux russes émigrés en France professe sa pédérastie, son goût pour les jeunes garçons et les jeunes filles. Il fut l’intime de Montherland et d’Hergé. Journaliste, écrivain, familier des politiques, ce mondain a su s’attirer l’amitié de Mitterrand, qui lui rendit un hommage flamboyant  : « Ce séducteur impénitent, qui se définit lui-même comme un mélange de Dorian Gray et de Dracula…» Pour Jean d’Ormesson : « un sauteur latiniste, un séducteur intellectuel, un diététicien métaphysique ». Tant d’hommages pour un auteur prolifique, auteur de plusieurs dizaines de romans, d’essais, de carnets célébrant, selon Le Monde : « l’éternel initiateur des jeunes filles intelligentes qui s’accordent la pleine découverte du plaisir, en toute sécurité…il a subi la vindicte de ceux qui ont voulu le cataloguer pédophile ». On croit rêver !

    L’auteur à succès est encensé par la République des lettres, il tient une chronique dans Le Monde. Il est aussi une star de la télévision, invité six fois par Bernard Pivot dans sa célèbre émission Apostrophes. Il milite pour la révolution sexuelle pour tous et il rédige même un appel en faveur d’inculpés d’attentat à la pudeur sur des mineurs de quinze ans, soutenu par 69 personnalités dont Aragon, Simone de Beauvoir, Sartre, Barthes, Chéreau ! Il réclame que le Code pénal reconnaisse « le droit de l’enfant et de l’adolescent à entretenir des relations avec les personnes de son choix ». 

    Le monde politique et littéraire s’enthousiasme pour son talent : il reçoit un prix de l’Académie  française et le Renaudot essai, il est fait officier de Arts et des Lettres. Il touche même une allocation du Centre national de Livre et bénéficie d’un appartement de la Ville de Paris depuis 1994. Un artiste, « l’homme cultivé qui ose briser les tabous, choquer le bourgeois. Un héritier de Gide, de Byron et de Casanova »! Matzneff, un pédophile ! Pas du tout, c’est un artiste !

    Aujourd’hui, le monde a changé, les yeux se sont ouverts sur la liberté sexuelle prônée par les prédateurs. La fascination des intellectuels pour la pédophilie remonte loin. Nabokov, Gide citent la Grèce antique pour promouvoir la pédo-sexualité contre l‘ordre moral. Même le mouvement gay veut abolir l’âge minimum pour des relations sexuelles. Il a fallu que des associations de protection de l’enfance relayées par les réseaux sociaux donnent enfin la parole aux victimes des pédophiles. L’affaire Polanski, les accusations contre Woody Allen et le photographe Hamilton, les mises en cause de l’actrice Adèle Haenel ont fait prendre conscience que « la vie d’une adolescente anonyme n’est rien face au statut d’un écrivain », comme l’écrit Vanessa Springora dans son livre La Confession.  

    Mais le monde change trop vite pour les barbons de l’intelligentia, comme le vénérable Bernard Pivot, qui avoue « regretter de ne pas avoir eu les mots qu’il fallait », lorsqu’il demandait benoîtement à Matzneff pourquoi il préférait les jeunes filles de 16 ans.  C’était une autre époque, se défendent maladroitement les grands auteurs d’avant, enfin ceux qui restent. On ne fera pas le procès de la complaisance à Sartre, Barthes, Chéreau et les autres, ils sont tous morts ! La société ne tolère plus ce genre de violences sexuelles, dont sont victimes 165 000 enfants chaque année. Et les parents des jeunes filles qui se rebellent et dénoncent doivent se demander comment ils ont pu, en toute naïveté ou par calcul, confier leurs enfants à de séduisants artistes qui abusaient d’eux. Le monde a changé, c’est fini, tout çà ! Vous croyez vraiment ? Aujourd’hui, les prédateurs sexuels ne prennent plus de risque, ils préfèrent chasser dans les paradis touristiques trop heureux d’encaisser leurs devises sonnantes et trébuchantes.  

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  • Dr Carlos et Mr Ghosn

    La fuite de Carlos Ghosn est une nouvelle page de la saga.

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  • La face honteuse de l'Amérique

    Tous les yeux sont tournés vers Washington, où la Chambre des Représentants va voter l’impeachment du président Trump. Mais le New York Times révèle une face honteuse de l’Amérique : un camp de SDF en Californie est parmi les pires endroits au monde.  Pendant un mois, les reporters du plus prestigieux quotidien américain ont enquêté dans un camp situé à Oakland, en Californie, l’Etat le plus riche du pays.

    Leur enquête révèle une vérité terrifiante : à quelques km du célèbre Golden Gate, des Américains  vivent au milieu de tas d’immondices, infestés de rats, sans eau courante. Il y a plus de 125 000 SDF en Californie dans plus de cent camps. Selon le NYT, on devrait les appeler des camps de réfugiés. A perte de vue, des caravanes déglinguées, des voitures bonnes pour la casse, des baraques de fortune et des tas de débris. Les Nations Unies, révèle le NYT, « ont comparé les camps californiens aux bidonvilles du Pakistan du Brésil et du Mexique » ! Les témoignages font froid dans le dos : tel ce couple qui vit dans un vieux camping car de 50 ans ravagé par les rats. « C’est la fin de la route ». Ou cette Noire qui a échappé à un ouragan au Texas en 2017. Elle a subi des assauts sexuels et, la nuit, elle craint ces ombres qui visitent le camp. Ou cette mère d’une fillette de 8 ans, qui vit dans le camp depuis cinq ans. « Les SDF sont traités pire que des animaux. Quand quelqu’un trouve un animal, il le ramène chez lui et le nourrit. Quand quelqu’un voit un SDF, il appelle la police » Pourtant, la solidarité existe : les SDF ont des cuisines communes, des coiffeurs de fortune. Un résident fait même profiter ses voisins des toilettes de son club de gym !

    Le Parlement de Californie a dépensé des milliards de dollars pour les SDF, mais ils sont toujours plus nombreux à vivre sous tente ou dans des abris de fortune. Impossible de vivre à San Francisco où les loyers ont explosé. Ils ont abouti dans ce camp sans accès à des toilettes ou à une douche après qu’une tempête a détruit leurs maisons. Ils utilisent les toilettes du MacDo voisin. Quand il pleut, les rues sont envahies par la boue. Une pauvreté abjecte au coeur de l’incroyable richesse de la baie de San Francisco. Le pire, c’est la crainte d’être expulsé. Les autorités ont promis de fermer le camp - dégagez, dégagez ! Mais pour aller où ? La municipalité envoie régulièrement des pelleteuses pour déblayer les tonnes de déchets qui s’entassent dans les rues du camp. Pourquoi ? Pour ouvrir la voie aux pompiers, en cas d’incendie ! 

    Les reporters du NYT ont ensuite visité un camp de SDF à l’est de Mexico, trois fois plus grand. Ses habitants qui y vivent depuis des années ont construit leurs baraques de brique et de cartons, ils  vivent du tri des ordures.  Certains sont chauffeurs de taxi. Ils ont installé illégalement l’eau, l’électricité et des fosses sceptiques.  Ils ont même la TV par satellite. Comme en Californie, ce sont « des communautés du dernier recourt ». Les SDF en Amérique vivent comme ceux du Mexique  !

    Les SDF californiens n’en ont vraiment rien à faire de la bataille politique en cours à Washington. Quand on survit dans un bidonville face aux immeubles prestigieux de San Francisco, le sort du président Trump n’est vraiment pas leur souci ! Et pourtant, ils devraient ! Leur avenir est lié au sort du président et à sa politique sociale. Les statistiques affirment que le taux de pauvreté est tombé au plus bas depuis 2007. Ça fait encore 39 millions de pauvres, un Américain sur huit. Dans un des pays les plus riches au monde, l’espérance de vie diminue. Et ce sont les plus pauvres qui meurent tôt de maladie, d’overdose de médicament ou par suicide. Dans un pays où 28 millions des habitants (8.5%) n’ont pas d’assurance maladie, le président veut retirer la couverture maladie aux pauvres qui ne travaillent pas et leur limiter l’aide sociale, enfin restreindre l’aide alimentaire -  les fameux food stamps -  à ceux qui travaillent avec un petit salaire. 

    « I want to live in America », chantait Maria dans « West Side Story ». Aujourd’hui, dans l’Amérique de Trump, il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. God bless America !

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