En toute mauvaise foi

  • Tous idiots informatiques

    "J’ai toujours rêvé d’un ordinateur qui soit aussi facile à utiliser qu’un téléphone. Mon rêve s’est réalisé : je ne sais plus comment utiliser mon téléphone". C’est le célèbre professeur danois de science informatique Bjarne Stroustrup qui a énoncé cette vérité. Nous vivons une époque formidable : tous connectés, tous équipés d’un smartphone et d’un ordinateur. Et tous incapables d’utiliser pleinement les possibilités extraordinaires de ces merveilles informatiques. 

    Depuis quarante ans, j’ai acheté une collection de téléphones mobiles et d’ordinateurs, tous plus coûteux les uns que les autres. Je suis un idiot informatique qui sait pianoter sur mon clavier, chercher des informations sur Google, envoyer un mail, prendre des photos ou une vidéo. J’utilise environ 30% des possibilités des machines que j’ai payées des centaines d’euros. Parce que personne ne vous apprend l’informatique, alors qu’il est impossible de vivre sans ordinateur. Pour communiquer, payer vos impôts, commander un billet d’avion, chercher un restaurant. Ne croyez pas que les ados qui pianotent à toute vitesse des deux pouces sur leurs smartphones en savent plus que vous. Ils sont champions des réseaux sociaux et des jeux vidéo. Mais ils sont aussi incultes que vous en informatique. D’ailleurs, ils s’en foutent complètement. Le smartphone, ça leur sert à envoyer des photos sur Instagram, à raconter sa vie sur Facebook, à faire l’idiot sur TikTok, à envoyer des SMS dans une langue inconnue des parents. Et surtout pas à téléphoner. Et ne comptez pas sur les profs pour les initier au computing. Une partie du corps enseignant craint comme la peste l’ordinateur auquel les profs ne comprennent rien et qui les prive de leur supériorité sur leurs élèves. En France, une volée de plans ambitieux devait initier tous les élèves à l’informatique. Mais il ne suffit pas de proclamer que "le numérique est une réponse à l’inégalité des chances à l’école". Il faut aussi que les budgets soient votés pour acheter des ordinateurs et former les profs au numérique. Quand le confinement a obligé les profs à enseigner à distance, tout le monde a vu que la plupart étaient incapables d’utiliser les outils informatiques. Enseigner à distance, ce n’est pas se planter devant une caméra pour réciter son cours ! Pendant qu’en France, les experts dissertent gravement sur "le numérique au service de l’École de la confiance", les petits Allemands s’initient à la programmation. Pas pour devenir informaticien, mais pour acquérir une culture informatique et comprendre que leur smartphone est un petit ordinateur qui ne sert pas seulement à déconner avec les copains. Une partie de la population française est frappée d’illectronisme, c’est-à-dire incapable d’utiliser un ordinateur ou un smartphone. 9 Français sur 10 ont un ordinateur, un smartphone ou une tablette. Mais 1 sur 4 ne sait pas s’en servir. Faute d’Internet, ces exclus renoncent à demander une aide sociale, à chercher un emploi, à contacter leurs familles ou à acheter un billet de train. Si vos croyez qu’il est facile à 75 ans de maîtriser une souris informatique et un clavier, de comprendre le langage informatique, la mémoire vive, le cloud, le Web, l’application StopCovid ou de remplir sa déclaration d’impôts !

    Nous sommes tous des idiots informatiques quand nous utilisons notre smartphone ou notre ordinateur pour communiquer. Faute de culture informatique, nous ignorons que nous laissons des traces à chaque fois que nous surfons sur Internet, que Google, Facebook et WhatsApp sont des aspirateurs de nos précieuses données personnelles. Les géants du Net nous suivent à la trace, ils savent tout de nous, de nos besoins, de nos envies, de nos achats. Bien sûr, quand nous réservons un séjour de vacances, nous avons remarqué que Google nous propose des adresses. Mais comme personne ne nous a jamais expliqué à quoi servent les algorithmes et que nous ne voulons pas nous prendre la tête, nous trouvons que Goggle est plutôt sympa ! Les réseaux sociaux nous poussent à partager nos vies et nous, idiots que nous sommes, nous livrons gratuitement nos données qui rapportent des milliards aux GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple). Pire encore, nous tombons dans toutes les arnaques,  comme des enfants de chœur : le smartphone à 1 euro, les placements financiers à 15%, les pièces jointes qui cachent un virus, les concours débiles qui nous feront millionnaires ! On a beau nous expliquer qu’il ne faut pas donner les adresses mail de tous nos correspondants, nous le faisons quand même et nous livrons de précieuses données aux publicitaires qui vendent nos adresses et aux pirates d’Internet, qui veulent contrôler nos ordinateurs. Ah, j’oubliais : nos mots de passe. Nous persistons à choisir notre date de naissance, une suite de chiffres 1,2,3,4,5,6 ou la date de la prise de la Bastille. Nous ignorons qu’un informaticien mettra moins de 30 secondes à trouver notre mot de passe et à prendre le contrôle de notre ordinateur. Ça arrive tous les jours et les pirates gagnent des fortunes en bloquant les serveurs informatiques et en demandant une rançon. Le journaliste français Luc Fayard a raison :  L’informatique est l’alliance d’une science inexacte et d’une activité humaine faillible. 

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  • Fuyez les chaînes info !

    Si vous voulez savoir ce qui se passe en France et dans le monde, fuyez les chaînes info en continu et en direct : BFM TV, propriété du dragon des médias Patrick Drahi ; CNews, du milliardaire breton Bolloré, et LCI du magnat Bouygues. Vous y trouverez le pire de l’info TV : la course à l’audience, la recherche du sensationnel, la dramatisation des faits divers, la priorité au direct et au "tout en images" et les débats transformés en combats de coqs entre chroniqueurs. 

    C’est une vieille recette inspirée de la TV américaine et britannique. Le public est abreuvé d’informations et a l’habitude de "vivre" les événements en direct. BFM TV , Cnews et LCI lui servent tout chaud des éditions spéciales, annoncées comme des paquets de lessive ou de nouvelles bagnoles. Alors, bien sûr, ça dérape grave. En janvier 2015, lors des attentats qui ont frappé Paris, les cadors de l’info en continu suivaient caméra au poing les forces de l’ordre à l’assaut des terroristes. Au risque de faire échouer l’intervention et de mettre en danger les otages. En décembre 2018, lors des manifestations des gilets jaunes, BFM TV montrait des images dramatiques de dégradations sous le titre "Tensions au cœur de Paris". Trois minutes plus tard, la même image : "Tension à Bordeaux". Pour faire de l’audience et donc attirer de la pub, il faut traiter à chaud, faire des coups : appeler les terroristes au téléphone lors de l’attentat contre Charlie Hebdo, obliger le président Hollande à dialoguer avec une jeune Kosovare expulsée. Les affaires criminelles, les faits divers sordides font le miel de BFM TV , de LCI et de CNews. Alerte Info : une belle arrestation en direct, des envoyés spéciaux sur le terrain, les spécialistes en studio - anciens flics à la retraite, journalistes spécialisés police-justice, avocats  - et c’est parti pour des heures d’analyses, de spéculations, d’indiscrétions, de tweets et de vidéos amateurs. BFM TV "Première chaîne info de France" instaure Le Live : tout au long de la journée, les présentateurs en duo se succèdent pour vous livrer tout chaud l’actualité choisie non pas selon son importance, mais selon son côté croustillant. En prime, des vedettes des médias : Bruno Toussaint, Jean-Jacques Bourdin, Ruth Elkrief, Jean-Baptiste Boursier, Maxime Switek, Aurélie Casse. Pas forcément les meilleurs de la profession, mais les plus connus du public. 

    Sur CNews, "la chaîne info qui explique l’info", les stars Sonia Mabrouk, Jean-Marc Morandini, Laurence Ferrari balancent en direct images-choc, déclarations musclées et commentaires tonitruants. Le patron, Bolloré, qui a mis au pas Europe-1, soutient les opinions d’extrême droite pour attirer les téléspectateurs qui rejettent la tiédeur de BFM TV. CNews a déploré le départ forcé du polémiste Éric Zemmour, tenté par la campagne pour l’Élysée. Ses diatribes racistes et anti-musulmanes attiraient 700000 fans. Reste "L’heure des pros" où Pascal Praud gère la foire d’empoigne dans ses débats sur l’actualité. Sur LCI, "Vous êtes au cœur de l’info", les tranches se succèdent : Le Grand Jury, LCI Grand Format, Reportages Découvertes, "24 heures Pujadas", "20.00 de Darius Rochebin", mon ancien collègue de la TV suisse romande, et l’insubmersible Jean-Pierre Pernaud, 71 ans et toujours souriant. 

    Le débat en direct, le talk en franglais médiatique, c’est la tarte à la crème des chaînes d"info en continu. Ça coûte moins cher que les enquêtes sur le terrain. Ça nourrit la passion française du débat télévisé : un combat de coqs où chaque invité parle fort, invective les autres, coupe la parole et fait son numéro de prima donna. Chaque émission a ses invités permanents, qui ont leur rond de serviette : journalistes de presse - dont on se demande quand ils trouvent le temps de diriger leurs canards - retraités de la politique, communicants, politiciens, médecins, scientifiques, militaires à la retraite. Tout ce beau monde fait mine de s’affronter à coups de petites phrases et de déclarations péremptoires. Ah, les beaux coups de gueule de Cohn-Bendit face à l’ancien ministre Luc Ferry ! Mais chacun sait qu’ils sont copains comme cochons et bien payés pour assurer le spectacle. Les chaînes d’info font émerger des personnalités comme le médecin et maire Philippe Juvin, candidat à la primaire des Républicains. Ou le jeune Maxime Lledo, dont le coup de gueule Génération fracassée fait un tabac en librairie. 

    Chaque chaîne tente le grand coup : quand France 2 organise un débat entre Valérie Pécresse et le ministre de l’Intérieur Darmanin, BFM TV abat son atout : un face-face entre le polémiste d’extrême droite Éric Zemmour et le bouillant leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon. Castagne garantie ! Qui vous parle d’information ? C’est de l’info-spectacle. Comme l’affirmait l’écrivain Patrick Bauwen : la société du spectacle a envahi nos vies. Nous sommes écrasés par le rouleau compresseur des informations et des drames à la télévision . Pourtant, nous en réclamons toujours plus, jusqu’à fournir nos propres images en pâture aux médias. 

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  • La Suisse bascule dans le caniveau

    Nous, les Suisses, on n’est pas comme ces Français, ces Américains ou ces Anglais. En France, les journalistes, pourtant informés, ont longtemps caché la double vie du président Mitterand. Mais ils se sont délectés en révélant que le président Hollande allait voir sa maîtresse à scooter. Aux États-Unis, champions de la pudibonderie, les aventures extra-conjugales du sénateur Gary Hart ont ruiné sa carrière politique. En Grande-Bretagne, la liaison du ministre de la Guerre Profumo avec une strip-teaseuse a mis fin à sa carrière. Chez nous, en Suisse, la politique, c’est quelque chose de propre. Une lutte pour le pouvoir, d’accord, mais pas avec des moyens sales. Les coups bas, les petits meurtres entre amis, les boules puantes, les scandales privés, ça ne se fait pas, au pays du propre en ordre et de la démocratie directe ! 

    Le vieux journaliste retraité que je suis n’est pas naïf. Je sais bien que la politique n’est pas une partie de croquet entre gentlemen. En trente ans de carrière dans la presse et à la télévision, j’en ai connu des épisodes politiques peu reluisants. Et encore, les journalistes ne savent pas tout ou ils ne disent pas tout ce qu’ils savent. Mais en Suisse, il y avait une règle de conduite chez les politiciens et la plupart des journalistes : on ne s’attaque pas à la vie privée des responsables politiques. Il y a bien eu quelques exceptions, lorsqu’un maire échange des textos salaces avec sa maîtresse, quand un élu bourré au volant fait supprimer une enquête policière ou quand on apprend que le président du parti démocrate-chrétien, parangon des valeurs familiales, a eu un enfant hors mariage. Un journal populaire, le plus grand tirage de Suisse, s’était spécialisé dans ce genre de révélations fracassantes qui ruinent une carrière politique. Mais, à ma connaissance, la Suisse ne connaît pas ces officines noires qui fabriquent des boules puantes : fausses révélations, confidences sur l’oreiller et rumeurs invérifiables sur les mœurs des élus. 

    Depuis quelques années, le climat médiatique et politique a bien changé. Pour abattre un adversaire politique, on ne le poignarde plus dans le dos. On l’assassine dans les médias en révélant ses prétendues turpitudes. C’est l’UDC, le parti nationaliste et xénophobe du milliardaire Blocher qui s’est engagé dans cette dangereuse dérive. Ces valeureux défenseurs des vertus helvétiques, ces champions de l’indépendance du Peuple des bergers face à la menace de Bruxelles et des immigrés du Tiers Monde, ont déjà révélé leur cynisme politique, en lançant des initiatives xénophobes. Leur mouton noir stigmatisant l’étranger, leurs femmes voilées en forme de minarets ont montré que l’UCD ne reculait devant aucune provocation pour gagner une campagne. Les milliards de Blocher lui ont permis de dominer le débat sur l’immigration et l’Europe, grâce à la presse à sa botte, comme la Weltwoche, autrefois un des fleurons de la presse helvétique. 

    Comme on pouvait s’y attendre, c’est la crise du Covid et les mesures prises par le gouvernement pour y faire face qui ont provoqué l’affrontement. Au nom des libertés bafouées, l’UDC s’est dressée devant l’opinion en champion du non. Le referendum contre la loi Covid qu’elle avait soutenu a été rejeté. L'UDC a encouragé les manifestants des Amis de la Constitution et d’autres opposants farouches à la vaccination et au pass sanitaire. Dernière provocation populiste : Ueli Maurer, le ministre des Finances, membre de l'UDC, n’a pas hésité à enfiler le maillot d’un groupe de sonneurs de cloches proclamant leur opposition au pass sanitaire. Un défi public à la politique du gouvernement fédéral dont il est membre ! 

    L’UDC sait bien que c’est dans les vieilles marmites qu’on fait bouillir les meilleurs potages. La Weltwoche et son redoutable rédacteur en chef ont fait rebondir une sulfureuse affaire de mœurs : une tentative de chantage de l’ex-maîtresse du conseiller fédéral socialiste Alain Berset, le champion de la politique sanitaire du gouvernement. La jeune femme a été condamnée l’an dernier. La justice a classé l’affaire, mais la presse suisse l’a relayée avec délectation. Grâce à une indiscrétion, les médias ont révélé que le ministre avait utilisé ses services pour régler cette affaire privée. Secrets d’État, secrets d’alcôves, avait titré un journal. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, ce déversoir des frustrations, impossible de cacher les petits ou grands scandales. 

    Mais la presse de caniveau connaît ses classiques. On ne tire pas toute sa munition d’un coup et on partage ses boules puantes avec ses confrères. Nouvelle révélation, relayée cette fois par la respectable NZZ am Sonntag : Alain Berset aurait utilisé sa Mercedes de fonction pour aller voir sa maîtresse en Allemagne. Coup double pour l’UDC. Au nom de la morale en politique et de l’usage de leurs impôts, les Schmutz à Bumpliz et les Bolomey à Echallens s’étouffent d’indignation. Bien sûr, tout cela n’a rien à voir avec la réélection du Conseil fédéral, en décembre, et la crainte que l’UDC perde le département des Finances au profit des socialistes. Alexandre Dumas l’avait parfaitement résumé  : En politique, on ne tue pas un homme, on supprime un obstacle, voilà tout. 

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  • Les larmes de crocodile de Messi

    Vous avez été émus par les larmes du footballeur Lionel Messi, lorsqu’il a annoncé qu’il quittait son club de Barcelone ? Moi pas.  Il y a longtemps que je ne crois plus aux états d’âme des sportifs de haut niveau.  Ce ne sont pas de frêles jeunes gens dominés par leurs émotions, mais des athlètes durs à la douleur, âpres en affaires et champions de la communication.

    Le joueur argentin a été pendant vingt-et-un ans la star du Barça. En quinze ans, son salaire a passé de 3 à 70 millions d’euros. Il y a quatre ans, Messi a signé un contrat pharaonique de 555 millions d’euros pour quatre ans. Mais le Barça vit depuis des années au-dessus de ses moyens. Le club catalan est endetté jusqu’au cou. Et la Liga a fixé un plafond aux folies financières. Mes excellents confrères sportifs m’ont expliqué le truc : Messi est en fin de contrat. Le Barça ne peut le recruter que si sa masse salariale est au maximum de 70% de son chiffre d’affaires. Avec son salaire de misère, 95% des ressources du club auraient passé dans la poche du beau Lionel.

    Vous comprenez pourquoi j’ai de la peine à pleurer avec les fans du Barça.  Partout, le foot professionnel est en train de connaître les vaches maigres. Fini, les folies. Finis, les achats de joueurs à plusieurs dizaines de millions.  Ça ne vous choque pas, vous, que le PSG de l’émir du Qatar propose un salaire net de 40 millions d’euros à Messi, plus que les malheureux 35 millions au Brésilien Neymar ? Une chose m’a toujours étonné : pourquoi les gilets jaunes ne protestent-ils jamais contre les salaires pharaoniques des stars du ballon, alors qu’ils hurlent contre le grand capital et les bénéfices des Pharmas ? Peut-être parce que le football est l’opium du peuple ?

    En moyenne, un footballeur professionnel en ligue 1 en France gagne 94 000 euros bruts par mois. Pas mal, dans un pays où le salarié moyen gagne 47 000 euros bruts ! Les joueurs, c’est le capital du club, qui les forme, les vend, les échange, les achète comme une marchandise. C’est un marché du travail très spécial. Mais le Covid a vidé les stades, les sponsors se font tirer l’oreille et les chaînes de TV ne se battent plus à coups de milliards pour transmettre les matches. Et les méchants de l’UEFA obligent les clubs à ne pas dépenser plus que ce qu’ils gagnent. La misère du foot pro, c’est à pleurer !

    Alors, la belle comédie de Lionel Messi et ses larmes de crocodile, moi, ça ne me fait pas vraiment gémir. Le barbu argentin devrait relire cette maxime du journaliste uruguayen Eduardo Hughes Galeano : Dans sa vie, un homme peut changer de femme, de parti politique ou de religion. Il ne change pas de club de football.

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  • Et la solidarité, bordel !

     Le président Macron annonce qu’il faudra être vacciné ou avoir un test négatif pour aller au restaurant, au cinéma, au théâtre, au centre commercial, dès le mois prochain, et les Français hurlent qu’on attente à leurs libertés individuelles.  De l’extrême gauche à l’extrême droite, le cœur des pleureuses se déchaîne : recul grave des libertés individuelles, dictature sanitaire, Corona folie, brutalité du libéralisme autoritaire, terrible aveu d’échec.

     On vous parle d’une mesure sanitaire destinée à enrayer une pandémie qui a déjà tué plus de 120 000 malades, dans un pays où moins de quatre Français sur 10 sont vaccinés. Un pays où une nouvelle variante du virus menace d’engorger les services d’urgence et de provoquer un nouveau confinement. Un pays qui a déjà dépensé près de 500 milliards d’euros pour soutenir l’économie et éviter les ravages du chômage.  Un pays où la vaccination et les tests PCR sont gratuits, ce qui coûte près de 5 milliards d’euros aux contribuables.

    Bien sûr, le président avait promis que la vaccination ne serait pas obligatoire et qu’il n’y aurait jamais de passe sanitaire. Mais devant l’urgence d’une quatrième vague, il a changé d’avis.  Toutes les autorités médicales lui demandaient depuis des semaines de prendre des mesures radicales pour freiner l’épidémie.  Les médecins savent bien que les Français ont relâché leur vigilance, qu’ils appliquent de moins en moins les gestes barrière et que les grandes vacances sonnent l’heure de la liberté et du rebond de l’épidémie. Tout le monde a vu les images des raves parties, des foules en délire lors de l’Eurofoot et du tour de France.  Finie les masques, la distanciation sociale. Vive la fête en famille, les embrassades et les apéros entre copains !

     Et voilà que ce rabat-joie de président veut nous imposer d’être vaccinés.  Quoi, les soignants qui s’occupent de malades, de personnes âgées seront obligées d’être vaccinées, alors que près de 45 % d’entre eux ne le sont pas ? Écoutez leurs explications : on ne sait pas si le vaccin protège vraiment du virus, ces vaccins ont été développés trop vite, je suis seul responsable de ma santé, tout ça c’est pour engraisser les Big Pharmas.   Ces irresponsables ont fait mourir des vieux dans les maisons de retraite et dans les hôpitaux, parce qu’ils n’étaient pas vaccinés, mais ils s’en foutent : ma liberté individuelle passe  avant ma responsabilité.

    Même ceux qui soutiennent le président y vont de leur petite musique.   Il ne faut pas contraindre à la vaccination, il faut user de pédagogie.  On a vu ce qu’elle a fait, la pédagogie : 36% de la population vaccinée en France, 38% en Italie, 43% en Allemagne, 52% au Royaume Uni. Dans ce beau pays de France, moins de 1% des ados, 25% des 18-29 ans seulement sont protégés par le vaccin. Pourquoi ?   Parce qu’au pays des Lumières, la liberté individuelle passe avant la solidarité.  Les Français veulent bien aider la Croix-Rouge, Emmaüs, les Sauveteurs en mer et les sinistrés des inondations, grâce à de généreuses déductions fiscales.  Mais qu’on ne vienne pas les emmerder avec un pass sanitaire au moment où ils partent en vacances !

     Et puis on entend une autre rengaine, dans les syndicats de soignants. Puisque Macro est sourd à nos revendications d’augmentation de salaire et de nouveaux engagements, la seule façon de le faire plier, c’est de refuser d’être vacciné. De toute façon l’Etat a besoin de nous, il ne peut pas nous mettre à la porte.  Depuis hier, le ton a changé. Les soignants qui refuseront de se faire vacciner d’ici septembre ne pourront plus travailler et ne seront plus payés.  Du coup, les Français se ruent sur les sites de réservation pour se faire vacciner : 1,5 million en quelques heures ! Pas par solidarité, mais pour pouvoir partir en vacances et aller au spectacle.  C’est mieux que rien, mais 30 millions de Français n’ont toujours pas reçu la moindre injection.

     Pourtant, tous les médecins répètent que le vaccin, c’est le seul moyen pour freiner l’épidémie et éviter un nouveau confinement. Si vous êtes vaccinés, vous vous protégez et vous protégez votre famille, vos amis et vos collègues de travail. C’est ça la solidarité.  Le vaccin : un petit pas pour ma liberté, un grand pas pour la solidarité !

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