En toute mauvaise foi

  • Bal masqué

    Mon pays, la Suisse, est le théâtre d’une guerre féroce entre partisans et adversaires du masque. Les autorités ont-t-elles le droit de m’obliger à porter un masque pour éviter une flambée du virus ? Cette guerre picrocholine me paraît un peu surréaliste. Je vis en France et je porte un masque depuis le mois de mars quand je fais mes courses et quand je vais chez le médecin ou chez le coiffeur. Je n’aime pas ça, mais je m’y suis habitué. 

    Mes compatriotes ont eu la chance de ne pas connaître le confinement à la française, avec ce chef d’oeuvre de l’administration : l’ »attestation de déplacement dérogatoire ». Pendant des semaines, j’ai dû porter un masque et remplir ce document à chaque sortie de chez moi pour « effectuer des achats de première nécessité, pour consultations et soins ne pouvant être assurés à distance, pour déplacements brefs, dans la limite d’une heure quotidienne et dans un rayon d’un kilomètre autour du domicile ». Faute de quoi, la police m’infligeait une amende de 135 € ! A coups de spots TV, le gouvernement rappelait les « gestes barrière », mais déconseillait le masque. Pour la bonne raison qu’il n’y en avait pas ! Heureusement, il nous restait des masques de jardin !

    Les Suisses ont eu la chance de pouvoir se déplacer sans masque obligatoire. Il n’y en avait pas, on ne savait pas s’ils étaient utiles. Et puis, en Suisse, on est plus disciplinés que les Français. Avec l’explosion de la pandémie, les certitudes sur le masque se sont un peu effritées. Pas obligatoire, mais recommandé. Le masque, c’est comme la girouette, selon le bon mot d’Edgar Faure : ce n’est pas elle qui tourne, c’est le vent ! Les Suisses ont découvert ce que les Français vivaient depuis des mois : tout le monde porte le masque en public, même les hommes politiques, les reporters de télévision et les commerçants. Depuis le début de la semaine, les Suisses ont l’obligation de porter un masque quand ils voyagent dans les transports publics. Parce que les trains, les bus et les tramways sont des endroits clos favorables aux contaminations. 

    Aussitôt, les défenseurs des libertés se sont mobilisés. Une chroniqueuse connue, toujours prompte à dénoncer les atteintes insupportables, a gémi : elle a «porté un masque un bon moment dans un  grand magasin. Difficile est un petit mot ». Ses fans ont apprécié : « Masque=manipulation de masse » ; « maintenant qu’il y a surplus de masques, il faut à tout prix les vendre ». Dans la Tribune de Genève, les lecteurs s’indignent : « Je refuse de porter la muselière alors que l’on sait pertinemment que cela n’a aucun effet, à part alimenter la peur et la paranoïa ». « J’ai beaucoup de mal à respirer avec le masque et je ne le supporte pas au-delà de 10 ou 20 minutes ». Pauvres médecins, pauvres infirmières, qui le portent toute la journée ! Le masque est devenu le pilier du déconfinement. L’OMS a mis en garde : « Il existe aucune preuve que le port d’un masque par des personnes en bonne santé puisse empêcher d’être infecté par des virus respiratoires ». Des études contradictoires ont semé le doute. Alors, chaque pays a fait comme il voulait. Les gouvernants ont, à tour de rôle, affirmé que le masque ne servait à rien, puis qu’il était efficace pour éviter la contamination. Ils en ont importé des milliards et en ont commandé aux fabricants locaux. On a vu des scènes cocasses : des masques portés autour du cou ou en bandana. Des masques transparents créés par les chercheurs de l’Ecole polytechnique de Lausanne. Le chanteur Renaud, masqué, pour promouvoir sa chanson Corona Song « pour tous les potes qui ont souffert de ce putain de virus ». On a appris aussi que des milliers de masques étaient jetés dans la rue, dans les poubelles ou dans les cours d’eau. 

    Pour les milliers de gens qui étaient convaincus que la pandémie a été provoquée par les gouvernements et les Big Pharmas pour asservir les peuples, le port du masque est une preuve de plus que les libertés fondamentales sont menacées. La Ligue des Droits de l’homme a saisi la justice contre le maire de la ville de Sceaux qui imposait le port du masque. Même démarche à Strasbourg, à Stillwater dans l’Oklahoma et au Québec, au nom du « droit au respect de la vie privée et familiale ». Le masque, c’est comme la ceinture de sécurité : de toute manière, le virus ou l’accident, ça n’arrive qu’aux autres !

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  • M le maudit

    Non, Genève n’est pas en train de revivre le noir polar de Fritz Lang. Ma ville natale découvre que son politicien le plus brillant est une crapule corrompue,  sans morale, qui défie la justice et ses électeurs et qui s'accroche au pouvoir comme une sangsue. Genève ressemble vraiment à une république bananière  ou à une dictature.  Personne ne peut chasser le prince déchu, ni les juges, ni les médias, ni même le gouvernement.  La fière devise de Genève, « Post Tenebras Lux »  fait ricaner toute la Suisse. Depuis plusieurs années, Genève est plongée dans la ténébreuse affaire Maudet. 

    Pierre Maudet, surdoué de la politique, ambitieux aux dents longues et au style bulldozer, était l’homme fort du gouvernement de Genève. Le capitaine au menton carré, qui voulait mettre au pas le puissant syndicat de la police, imposait son style. Il se rêvait membre du gouvernement fédéral. A 39 ans, il entamait une campagne éclair, à coup d’interviews et de promesses, et il échouait de justesse. Mais à Genève, comme dans la Grèce antique, « les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent perdre ». Maudet a été frappé par l’hubris, la démesure des politiciens qui se croient au-dessus des lois. Il a accepté une invitation princière à Abu Dhabi avec sa famille grâce à des hommes d’affaires bienveillants. Il a fait financer sa campagne, un sondage et sa sauterie d’anniversaire par de généreux donateurs. Bref, la corruption ordinaire d’un politicien qui met sa carrière au-dessus de la morale.

    Mais quand une enquête révèle les magouilles, M le maudit se défend comme un margoulin. Il ment aux juges, il essaie de falsifier des procès-verbaux, il veut faire récuser le procureur, il dénonce un procès politique. Son parti le somme de démissionner, il s’accroche à son siège. Ses collègues du gouvernement cantonal font pression, il résiste. Ils le cantonnent à un département croupion, lui qui régnait sur la sécurité. Le procureur l’inculpe, son parti l’exclut. Rien n’y fait, il refuse de démissionner. Il est au pouvoir par la volonté du peuple, il ne partira qu’à la force des baïonnettes. Et dans ce système démocratique dont la Suisse est si fière, personne ne peut virer un ministre inculpé d’avoir accepté des avantages et de violation du secret de fonction. La Constitution n’a pas prévu ce cas. Maudet a juste concédé du bout des lèvres que s’il était condamné, il démissionnerait. A 42 ans, il pourra donc toucher sa belle retraite à vie de 89 000 francs par an. La politique, çà a eu payé !

    La Suisse a l’habitude des moeurs genevoises. Elle a même inventé une expression en allemand : Genferei, en français, genevoiseries. Depuis des années, le scandale Maudet ne fait plus rire personne. L’inoxydable ministre reste droit dans ses bottes et se défend comme un lion. Ses anciens amis politiques sont consternés, mais impuissants : « Il s’accroche au pouvoir coûte que coûte et nous ne sommes pas d’accord que notre parti coule pour l’intérêt d’une seule personne qui a décidé de s’auto-détruire d’une certaine façon ». 

    C’est un cas unique dans l’histoire de la Confédération. D’autres ministres ont été rattrapés par la justice ou par le scandale de leur vie privée. Ils ont tous fini par céder à la pression de leur parti et des médias. Pas Maudet. Son parti peut couler, son canton être la risée du pays, il sombrera avec le scandale qu’il a provoqué. Des psychiatres se sont penchés sur le comportement d’un homme puissant et ambitieux qui refuse de reconnaître ses fautes, qui se croit victime d’un complot pour l’abattre.  Leur diagnostic : le désamour du public, le déballage médiatique et la menace d’un procès sont une humiliation qui blesse l’amour-propre de l’homme politique. Pourtant, la Suisse est magnanime avec ses politiciens déchus : ils se reconvertissent dans les affaires, dans les bonnes oeuvres ou le social. Parfois même, ils reviennent en politique. 

    Pierre Maudet devrait relire Coluche : « Homme politique, c’est une profession où il est plus utile d’avoir ses relations que des remords ». 

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  • Massilia la verte

    Cicéron aurait mieux fait de tourner sept fois sa plume de roseau dans son encrier avant d’écrire que  Marseille « surpasse en sagesse et en science non seulement la Grèce, mais je dirais encore tous les peuples de l’univers ». Ce grand homme d’Etat, cet orateur célèbre, ce philosophe aurait certainement demandé la cigüe pour mourir en paix s’il avait dû subir la campagne électorale qui a fait tomber l’empereur Gaudin, maire de Marseille pendant 25 ans. 

    Le vieux sénateur de 80 ans que ses ennemis appelaient l’ogre, le faux débonnaire, le mauvais génie, le monstre, a fini par quitter la superbe mairie sur le Vieux Port où il régnait en baron. Sa faconde et son accent à la Pagnol faisaient rire toute la France. Mais pas ses administrés, qui rappellaient sa désastreuse gestion, son incompétence, ses magouilles politiques. C’est la face sombre de Marseille : une ville rongée par la misère, le trafic de drogue, la violence, la corruption et le clientélisme. La Bonne Mère regarde de haut cette ville de tous les excès, que la France adore pour son accent, sa bouillabaisse, son pastis et sa pétanque. Jean-Luc Gaudin ne figurera pas au panthéon des grands hommes de Marseille, aux côtés de Fernandel, de Béjart, de Dubout, de Zidane. Il est sorti par la petite porte après avoir remis son écharpe à sa successeur.

    A Marseille, les campagnes électorales ont toujours été de grands moments de mélodrames à la Pagnol : coups fourrés, votes achetés, alliances improbables. Pendant un quart de siècle, la politique, sur le Vieux-Port, c’était comme le foot au stade -vélodrome : ça se jouait avec des bulletins de vote et, à la fin, c’était toujours Gaudin qui gagnait ! Mais quand, il y a dix-huit mois, deux immeubles vétustes du centre ville se sont effondrés en tuant huit personnes, les associations de quartier se sont mobilisées contre le maire. Le Pacte démocratique a proclamé : plus jamais çà, non à Gaudin. Le vieux maire a fini par céder, il a annoncé qu’il ne se représentait pas et il a adoubé Martine Vassal pour lui succéder. Mais, à gauche, le Printemps marseillais a réuni une alliance hétéroclite entre collectifs citoyens, écologistes, socialistes, communistes  et partisans de la France insoumise. Pour gagner, ils ont choisi Michèle Rubirola, une médecin écolo très populaire, mais sans expérience politique. 

    La campagne a été un mélange de Shakespeare et de comedia del arte : la droite a dénoncé le «péril rouge» et a fait de fausses procurations dans les Epad, en cherchant une alliance avec le Rassemblement national. La gauche s’est déchirée entre les egos de ses partisans. Après un premier tour catastrophique, la droite a retiré sa candidate et a présenté un vieux cheval de retour. Résultat : gauche et droite à égalité, les chevaliers noirs de l’extrême-droite en embuscade et une sénatrice ex-socialiste Samia Ghali en faiseuse de maire ! A Marseille, comme à Paris et à Lyon, ce ne sont pas les électeurs qui choisissent le maire, mais les conseillers municipaux. 

    Le troisième tour de l’élection a atteint des sommets de combinazione. Les tractations ont duré des heures, avec deux tours de scrutin. Dans une belle indignation démocratique, le Rassemblement national a quitté la salle. N’écoutant que sa conscience, Samia Ghali s’est ralliée au Printemps marseillais « pour ne pas diviser les Marseillais ». C’est beau comme du Racine ! Marseille basculait à gauche et Michèle Rubirola pouvait tomber dans les bras de ses fans en délire. En promettant « une ville plus vite, plus juste et plus démocratique ». Tout ce que la France compte d’écolos chantait les louanges de la nouvelle maire de Marseille. 

    Le problème de Michèle Rubirola, c’est qu’elle n’a qu’une courte majorité. La cavalerie de l’opposition n’attend qu’un faux pas pour débouler sur le Vieux Port et mener la vie dure à la nouvelle maire, qui devra apprendre vite le jeu de la politique. Espérons que le Printemps marseillais ne finisse pas comme les Printemps arabes ! Le romancier Gaston Leroux, né à Paris, avait raison : « Quand on est de Marseille, on est condamné à ne plus croire à rien ». 

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  • Macron, le grand prestidigitateur

    Mesdames et Messieurs, votre attention, s’il vous plaît ! Rien dans les mains, rien dans les poches, et hop ! Je sors de mon chapeau…Non, pas un lapin blanc, mais…un premier ministre ! Selon le cérémonial bien rôdé de la Ve République, Emmanuel Macron a mystifié tout le monde en nommant à la tête du gouvernement le maire d’une ville de 7000 habitants, même pas membre de son parti. Bravo l’artiste !

    Le président de la République française partage avec les présidents Poutine et Xi Jinping le privilège exorbitant de nommer son premier ministre sans demander l’avis de personne. Même Donald Trump doit faire ratifier ses choix par le Sénat. Même la reine d’Angleterre doit accepter que son premier ministre soit choisi par les électeurs. En France, c’est le fait du prince, instauré par le général de Gaulle en 1958. Le président nomme le premier ministre, qui dirige l’action du gouvernement. Inutile de demander l’investiture des députés. Comme l’affirmait Chirac à propos de Sarkozy : « Je décide, il exécute ». Ce qu’a confirmé Sarkozy, devenu président, en parlant de Fillion : « Le premier ministre est un collaborateur. Le patron, c’est moi ». Etrange régime. Un président élu, tout-puissant, à l’abri de la justice pendant son mandat. Un premier ministre désigné, qui peut être renvoyé par le président ou renversé par le Parlement. Le choix de son premier ministre, c’est de l’alchimie présidentielle. Une équation à plusieurs inconnues : homme ou femme ? De gauche ou de droite ? Populaire ou inconnu ? Soutien ou opposant ? Vieux routier politique ou jeune poussin ? Futur adversaire ou fidèle inoffensif ? Choix cornélien ! 

    Au début, ça se passe plutôt bien. Le nouveau premier ministre est couvé par le président, dont il approuve tous les choix. D’abord, ceux de ses ministres qu’il propose, mais c’est le président qui décide. Puis, ça commence à se gâter. Du haut de l’Elysée, le président regarde son fidèle serviteur mettre les mains dans le cambouis, se colleter avec l’opposition, les syndicats et les coups fourrés de ceux qui espéraient le poste. Et les journalistes, plutôt sympas au début, cherchent vite les erreurs, les contradictions, les promesses non tenues. Et la popularité révélée par les sondages commence à dégringoler. Alors, le premier ministre cherche à exister. Il prend des initiatives, il donne son avis. Et il se fait recadrer par le président, même si, officiellement, «il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre eux » !  

    Quand le président et son premier ministre sont du même parti, ça grince un peu, mais ça roule. Mais quand le président doit cohabiter avec un premier ministre d’opposition, le char de l’Etat tangue méchamment. Les conseils des ministres sont un théâtre où les couteaux sont tirés sous la table. Le Canard Enchaîné en régale ses lecteurs grâce à des indiscrétions ciblées. D’habitude, le malheureux premier ministre souffre en silence, avant d’être sommé de présenter sa démission. Parfois, il explose en vol, comme Chirac qui démissionne avec fracas en 1976 en affirmant que Giscard ne lui donne pas les moyens de sa fonction. 

    Drôle de régime, mi-présidentiel, mi-parlementaire. Le président est responsable devant le peuple, le premier ministre devant le Parlement. Les Allemands, les Belges, les Italiens, les Polonais, les Espagnols n’y comprennent rien. Chez eux, le président ou le souverain représente l’Etat, mais ne gouverne pas. Les Américains apprécient : leur président gouverne, mais il doit tenir compte du Sénat. Les Russes et les Chinois se marrent : leur président est élu sans opposition et il s’octroie les pleins pouvoirs pour gouverner. Alors, depuis des années, les politologues de tous bords s’interrogent gravement : démocratie parlementaire, semi-directe, participative ou directe. Même François Hollande propose un régime présidentiel à l’américaine, sans premier ministre. Changer le système de la Ve République ? Créer une VIe République, pour « rendre le pouvoir au peuple et en finir avec la caste médiatico-politique », selon le rêve de Jean-Luc Mélenchon. Le président de la République n’aura pas l’inconscience de mettre cette marmite-là sur le feu. Selon la forte pensée de Desproges : «Le président de la République est gardien de la Constitution et pendant qu’il fait ça, il n’est pas au bistrot ». 

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  • Macron et Johnson, les convertis

    Qui aurait parié que le Covid-19 allait convertir Macron et Johnson au communisme ? Je plaisante ? A peine. Boris Johnson vient de lancer un programme-choc de 5 milliards de livres pour reconstruire son pays: « Build, build, build », en évoquant le New Deal de Roosevelt. Il veut construire des hôpitaux, des écoles, des routes, des voies de chemin de fer. Macron veut « reconstruire  une économie forte, écologique et solidaire ». 465 milliards d’euros de soutien, notamment à Renault, à Air France, à Airbus. Bon, on n’en est pas encore aux Soviets et à l’électricité, comme le proclamait le regretté Lénine ! Mais à Londres comme à Paris, c’est : à gauche toute !

    Normal que l’Etat vienne au secours des entreprises quand le chômage explose et que l’économie est dévastée. Normal que de farouches partisans de l’économie de marché se convertissent à l’étatisme. N’empêche que Boris Johnson avait promis de quitter l’Union européenne pour faire de son pays un paradis du libéralisme et du capitalisme triomphant. N’empêche qu’Emmanuel Macron avait été élu en promettant de réduire les dépenses de l’Etat, de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires et de réformer l’assurance-chômage. Ces belles promesses électorales n’ont pas résisté à la crise. 

    Mais ne devient pas Roosevelt qui veut. Dans les années 30, le président des Etats-Unis avait bouleversé l’économie américaine pour sortir de la Grande Dépression, qui avait plongé 11 millions d’Américains dans le chômage : réforme des banques, assistance sociale, aide aux agriculteurs, redistribution  des ressources et du pouvoir. Le New Deal était une révolution politique et sociale dans la patrie du capitalisme. Le mythe Roosevelt dure encore. Même si les économistes doutent du succès du New Deal pour relancer l’économie. 

    Macron et Johnson jouent petit bras pour sortir de la crise. A Londres, l’opposition ricane. The Guardian : « La Grande-Bretagne n’a pas besoin de constructions demain, mais d’emplois aujourd’hui ». A Paris, les écolos, qui vont diriger plusieurs grandes villes,  sont sceptiques devant les grandes promesses de Macron : « Ce sera le combat du siècle, celui de notre capacité à inventer de nouvelles manières de vivre, d’habiter, de faire durablement ». Le porte-parole de la Confédération paysanne résume : « Il manque quand même une remise en cause des politiques libérales, sans laquelle il sera difficile de réussir une transition écologique, climatique et sociale ». 

    Dieu qu’il est difficile pour un politicien de changer de logiciel : libéral un jour, libéral toujours. Roosevelt avait été triomphalement réélu à quatre reprises, parce qu’il avait réussi à convaincre des millions d’ouvriers et d’agriculteurs, grâce à ses fameuses conférences à la radio. Evidemment, les Républicains, les milieux financiers et les conservateurs l’avaient accusé d’être proche des communistes. Au moins une accusation que personne ne lancera à Macron ou à Johnson, le marteau et la faucille ont presque disparu en France et en Grande-Bretagne ! 

    Leur problème, c’est que Macron et Johnson sont tous les deux très impopulaires. Quatre Français sur dix font confiance à Macron. A peine plus de Britanniques soutiennent leur premier ministre. A Londres, The Times persifle : « Les 5 milliards sont peanuts comparés aux folies de Roosevelt ». Les travaillistes aiguisent déjà leurs couteaux. A Paris, les Verts ont repris du poil de la bête aux élections municipales et ils sont décidés à ne pas laisser les revendications de la Convention citoyenne se perdre dans le désert. Difficile de convaincre quand on a tant promis et si peu réalisé : le Brexit, Johnson l’a fait, mais rien n’est encore réglé pour l’avenir. La révolution promise par le candidat Macron : « Affronter la réalité du monde nous fera retrouver l’espérance », personne ne pense sérieusement qu’elle a la moindre chance de se réaliser. Un célèbre et oublié conseiller en communication, Denis Leroy, avait un jour lancé cette cruelle maxime : « La politique est une course automobile dans laquelle on engage le meilleur pilote, sans s’apercevoir qu’il est au volant d’une vieille guimbarde ». 

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