En toute mauvaise foi

  • Un TikTok et ça repart

    Si vous avez, comme moi, passé l’âge des videos entre copains, vous n’avez probablement jamais entendu parler de TikTok. C’est une application mobile chinoise de partage de videos. C’est devenu, en quatre ans, le réseau social favori des ados, qui adorent ses vidéos coréennes de chats qui valsent. Un milliard de jeunes utilisent TikTok pour s’échanger des videos parodiques. 

    Cette génération Z, qui ne  regarde plus les médias, n’a pas l’âge de voter. Mais elle a vite appris à utiliser TikTok pour faire passer ses idées, en 15 secondes, en jouant sur l’humour potache et l’émotion. Aux Etats-Unis, les fans de TikTok prennent la parole, lancent des pétitions, partagent des informations. C’est devenu le réseau des activistes contre le pouvoir, contre les discriminations et pour le climat. Ça a même donné des idées aux politiciens : Macron a fait ses premiers pas sur le réseau en félicitant les nouveaux bacheliers. 

    Bravo, les jeunes ! Halte là, a grogné Donal Trump : TikTok est chinois, c’est une arme dans la guerre entre les Etats-Unis et la Chine. Le réseau va pomper les données des utilisateurs au profit de Pékin. Comme le fabricant chinois de smartphones Huawei. Grâce à TikTok, Pékin va pouvoir diffuser de la propagande et censurer des videos sur Hongkong. Les experts de la Chine rigolent. ByteDance, la maison-mère de TikTok, n’a pas d’intérêt stratégique pour la Chine. Et Facebook, Twitter, Youtube collectent aussi les données de leurs utilisateurs. Mais Trump veut la peau de TikTok. Il a menacé de l’interdire aux Etats-Unis, sauf si une entreprise américaine le rachète. La rhétorique anti-Pékin, ça paie toujours auprès des électeurs. TiKTok est devenu un enjeu de la féroce guerre technologique entre Washington et Pékin. 

    Ça tombe bien, Microsoft est toujours en bons termes avec la Chine, où 90% des ordinateurs tournent avec son système Window. Son président a entendu l’appel du pied de Trump pour racheter les activités américaines du réseau chinois. Trump lui a donné jusqu’au 15 septembre pour conclure l’accord. En PDG de America.inc, Donald réclame même sa part du deal ! Les politiciens américains proches du président tweetent : « Ayons une entreprise américaine comme Microsoft qui rachète TikTok. C’est gagnant-gagnant. Ça garde la concurrence vivante et maintient les données hors de portée du parti communiste chinois ». Selon le Wall Street Journal, TikTok vaudrait 30 milliards de dollars. L’entreprise n’est pas rentable, mais elle fait un milliard de chiffre d’affaires. Se vendre à Microsoft, c’est le jackpot pour TikTok, dont le patron est américain. Mais les analystes financiers ne voient pas pourquoi Microsoft, dont les clients sont professionnels, dépenserait des milliards pour acheter une application qui s’adresse aux ados. Microsoft voit les choses autrement. Acheter le gâteau américain de TikTok lui permettrait d’entrer dans le marché grand public. Les fans de TikTok seront les clients de demain. 

    Le monde de l’informatique évolue à toute vitesse. Les géants d’hier sont mangés par les dragons de demain. Qui se souvient encore des ordinateurs Amiga de Commodore, des PC Amstrad, des IBM 5150, des smartphones de Nokia ? Depuis quelques années, les géants américains ne font plus la loi chez les fabricants d’ordinateurs, de téléphones mobiles, de systèmes d’exploitation ou de consoles de jeux video. L’avenir n’est plus au hardware, le quincaillerie informatique, mais au soft, les logiciels, et au cloud, le nuage qui stocke vos données. L’explosion des techniques de communications inquiète les gouvernements et les utilisateurs : qui va utiliser les précieuses données, qui va contrôler les citoyens connectés, comment se protéger contre les pirates informatiques ? Finie, l’époque glorieuse de l’informatique sans frontières ! Aujourd’hui, tous les pays protègent leurs marchés et leurs précieux brevets. Une guerre sans bruit à coups de milliards de dollars, qui va enrichir les plus forts et ruiner les faibles, qui n’ont pas su s’adapter. Charles Darwin l’avait prédit en 1859 : « l’évolution biologique des espèces par la sélection naturelle et la concurrence vitale ». Remplacez espèces par informatique et voici l’avenir ! TikTok, c’est un pion utile et cher dans le jeu d’échecs planétaire. 

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  • GAFA - les quatre salopards

    La Bible a les quatre cavaliers de l’Apocalypse. L’Amérique a ses quatre salopards, les patrons des GAFA - Google, Amazon, Facebook, Apple. Ils viennent de nous offrir un de leurs meilleurs shows : six heures de TV en direct pour répondre aux accusations de quinze parlementaires américains. A cause du Covid, la confrontation a eu lieu par visioconférence, grâce à la technologie de ces princes du high-tech, avec les méchants sur grand écran et leurs accusateurs, masqués ! Paradoxe :! 

    Un show télévisé pour essayer de prouver que les GAFA, ces leaders de l’entreprise américaine du XXIe siècle, sont des barons du vol, qui se moquent des lois anti-trust et qui abusent de leur puissance pour éliminer leurs concurrents. Le comité de la Chambre des représentants avait préparé ses armes depuis un an. Il avait réuni les accusations des concurrents des GAFA, des courriers internes exposant la stratégie d’Amazon pour tuer un concurrent ou la tactique de Google pour « éliminer » un rival potentiel. On en a appris de belles sur les combines agressives de Mark Zuckerberg pour acheter l’application photo Instagram pour la « neutraliser ». Ou sur les pressions de Jeff Bezos sur son concurrent Quidsi pour faire baisser son prix avant de l’avaler. 

    Mais les quatre salopards ne sont pas des perdreaux de l’année. Ils ont des armées d’avocats et des bataillons de communicants pour les préparer à répondre aux flèches des parlementaires. Bezos : « Ça remonte à 10 ou 11 ans, je ne me rappelle pas». Pichai : Google a développé ses services pour améliorer l’expérience de ses clients. Question suivante ! Mais, aux Etats-Unis, les commissions parlementaires sont composées d’élus républicains et démocrates. Et l’élection présidentielle a lieu dans quatre mois. L’occasion était trop belle pour montrer qu’on ne se met pas à genoux devant les GAFA. 

    Les amis du président ont questionné les barons high-tech sur le risque de voir la Chine voler la propriété intellectuelle de leurs sociétés. Pas au courant, ont répondu d’une seule voix MM. Cook, Pichai et Bezos, qui sont pourtant les hommes les mieux informés de la planète ! Les démocrates ont contre-attaqué : pourquoi Facebook ne supprime-t-il pas les posts toxiques (sous-entendu, ceux de Trump) ? La confrontation a révélé une masse d’informations sur les vilains secrets des GAFA. Elle a confirmé les investigations du Département de la Justice et de la commission du commerce, qui enquêtent sur Facebook et Google. Après six heures de confrontation, le président de la commission a conclu : « Ces sociétés ont un pouvoir de monopole. Certaines doivent être brisées, toutes doivent être réglementées et tenues pour responsables ». 

    Et maintenant, que va-t-il se passer? Rien du tout ou si peu, on parie ? En pleine campagne électorale, ni le président, ni son administration n’ont envie d’affronter les patrons des GAFA, dont le chiffre d’affaires cumulé dépasse les produit intérieurs bruts de l’Allemagne, de la France et du Royaume Uni. Google, c’est 90% des recherches sur Internet. Facebook, c’est 2,3 milliards d’utilisateurs actifs. Leurs services sont gratuits. C’est vous, le produit. Ils connaissent vos habitudes mieux que votre famille. Ils récoltent les données que vous leur offrez, ils les vendent aux entreprises qui vous proposent des produits et des services. Impossible de savoir où les GAFA font leurs profits, difficile de les taxer. Google, Facebook peuvent aussi vous suggérer des opinions politiques, en privilégiant certains sites. La plupart des consommateurs s’en contrefichent, pourvu que ça ne leur coûte rien.

    Pour les Américains, ce n’est pas le moment de contrôler les GAFA, alors que les géants chinois Baidu, Alibaba, Tecent, viennent chasser sur leurs terres. Ils proposent déjà une messagerie, des jeux vidéos et des smartphones deux fois moins chers. Quand le Covid réduit le gâteau publicitaire numérique, qui oserait briser le monopole des quatre salopards ?  L’auteur français de polars Franck Thilliez nous a prévenus : « Je vous plains plus que je ne vous hais, pauvres chimpanzés, votre vie appartient désormais à Google et à Facebook… sans eux, vous avez l’impression de n’être rien ». 

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  • Les quatre roues de la fortune électrique

    En 1968, l’économiste et sociologue Alfred Sauvy avait publié un essai sur l’automobile intitulé : « Les quatre roues de la fortune ». Aujourd’hui, il affirmerait : The future is grid. La fée électrique est l’avenir de la bagnole ! Tout le monde le proclame : les écolos, bien sûr, mais aussi les politiciens, qui la subventionnent, et surtout, les fabricants de voitures, qui espèrent éviter la faillite. C’est le rêve d’une société propre où tout le monde ira travailler avec une bagnole silencieuse, un bus et un métro sans bruit. Finies, ces vieilles bagnoles, ces autobus hors d’âge, ces rames bruyantes qui polluent nos villes et nos campagnes !

    Qu’est-ce que vous attendez ? Le gouvernement vous donne des milliers d’euros pour vous débarrasser de votre vieille voiture diesel, qui ne respecte plus les normes environnementales. Les publicitaires font assaut de créativité pour vous vanter le charme de la Zoé de Renault, de la Model3 de Telsa, de l’ID.3 de VW, de la C-HR de Toyota. Au moment où le Covid a plongé le marché automobile en plein marasme avec des millions d’emplois menacés, le gouvernement français ne va pas balancer 5 milliards € à Renault pour continuer à produire ces petites Captur polluantes. Fabriquez des bagnoles écolos !  On va installer partout des bornes de rechange, le prix des batteries a baissé de 87% en dix ans. Vivent les quatre roues de l’électricité !

    L’industrie automobile, qui a dépensé des milliards d’euros en recherche pour fabriquer de nouveaux modèles de voitures électriques, se frotte les mains. Ça redémarre fort en France : 17% des voitures vendues roulent à l’électricité.  Le patron des ventes de VW est ravi : la nouvelle ID.3 attire 37 000 nouveaux clients, qui n’avaient jamais acheté une Golf. De quoi faire oublier le scandale des moteurs truqués qui a coûté des milliards d’amende à la société. Telsa engrange des bénéfices colossaux. Toyota cartonne avec ses voitures hybrides. L’avenir s’annonce radieux.

    L’agence financière Bloomberg vient de publier une grande enquête sur les perspectives dans 20 ans. Dans deux ans, il y aura 500 modèles de véhicules électriques sur le marché. En 2040, 58% des véhicules seront électriques, contre 2,7% aujourd’hui. Surtout les bus municipaux, les deux roues et les fourgonnettes. Mais, selon Bloomberg, la consommation d’électricité n’augmentera que de 5,2%. Les émissions de CO2 diminueront, mais, en 2040,  elles seront encore supérieures de 6% à celles de 2019. 

    Mais, comme disent les Anglo-Saxons : il n’y a pas de repas gratuit. Pour stimuler la bagnole électrique, les Etats ont sorti leur carnet de chèque : 9000 € de bonus écologique en Allemagne, jusqu’a 13 000 € de prime à la conversion en France. Bien sûr, quand vous dopez un cheval, il cavale ! Les ventes explosent. 22 630 voitures électriques en six mois. Mais, même avec ces largesses, la bagnole électrique est chère : € 70 000 pour une luxueuse Telsa3, € 48 000 pour une ID.3, € 35 000 pour une Hyundai Kona. Vous croyez vraiment que l’employé qui risque de perdre son emploi, que le commerçant qui a dû fermer pendant des mois, que l’hôtelier qui a licencié une partie de son personnel, que tous ces Français vont se ruer chez leur concessionnaire pour acheter une voiture électrique ? 

    Ils savent bien que la voiture électrique est écolo, qu’elle est rentable à terme, qu’elle est plus durable. Mais ils ont aussi compris qu’ils devront encore s’endetter, qu’ils devront recharger leur batterie après quelques centaines de km. et qu’il n’y a que 30 000 bornes en France, qui ne sont pas toutes compatibles. Et les spécialistes s’interrogent : le réseau électrique tiendra-t-il le coût si des millions d’automobilistes rechargent leurs batteries en même temps ? Ecolo, la voiture électrique ? En tous cas, pas les batteries, qui sont bourrées de métaux rares comme le lithium. Pour l’extraire, il faut énormément d’eau et les mines empoisonnent la nature et les habitants en Bolivie, en Chine ou au Chili. Ecoutez les vendeurs de bagnoles, mais ne croyez pas tout ce qu’ils vous racontent. Le sage Alfred Sauvy le savait bien : « Le but de l’économie n’est pas le travail, mais la consommation ».

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  • France, Club Med du virus

    Vous arrivez de Rio et vous débarquez à Roissy. Vous avez rempli l’»attestation de déplacement international dérogatoire» et une «déclaration sur l’honneur que vous ne présentez pas de symptômes d’infection au Covid-19 ». Vous avez aussi complété le « Public Health Passenger Locator Form », dans lequel vous avez indiqué où on peut vous joindre en France. On vous propose d’être testé. Non merci, c’est contraire à ma liberté individuelle. Bienvenue en France ! 

    Ça se passe comme ça dans ce beau pays où plus de 30 000 personnes sont mortes du Covid-19 et où l’épidémie flambe dans plus de 200 foyers infectieux. Le Dr Philippe Juvin, chef du service des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou, a raison :  "la France, c'est le Club Med. (...) Les avions atterrissent, les gens sortent de l'avion et puis s’éparpillent."Le génie de la France, c’est son administration et ses fonctionnaires vétilleux, capables de vous pondre en quelques jours ces merveilles de formulaires que le monde nous envie. Comme l’invraisemblable « Attestation de déplacement dérogatoire », que le gouvernement a imposé à tous les Français pendant des semaines. Ou comme l’ »attestation de déplacement international dérogatoire pour la bonne mise en œuvre de l’instruction du Premier ministre n° 6149/SG du 18 mars 2020 relative aux décisions prises pour lutter contre la diffusion du Covid-19 en matière de contrôle aux frontières ». Le ministre est content, les fonctionnaires ont fait leur boulot. Le problème est réglé. 

    Qui contrôle que ces merveilleux formulaires sont bien respectés ? Les compagnies aériennes sont « pleinement mobilisées pour la santé de leurs passagers », selon le mantra officiel. Mais elles ne font pas d’excès de zèle. Les formulaires des passagers sont remis chaque jour à Paris Aéroport, qui les conserve un mois pour pouvoir contacter les autres voyageurs si un passager est testé positif. Les aéroports n’en font pas trop non plus. Les passagers qui le veulent bien peuvent bénéficier « d'une prise de température. Pour ensuite être orienté, le cas échéant et s'il le souhaite, vers une prise en charge médicale à l’aéroport ». Tous volontaires, les testés du virus ! De toute manière, on ne pourrait tester qu’un passager sur dix, faute de personnel. 

    C’est là que le génie administratif français donne toute sa mesure. Le bon Dr Véran, ministre de la Santé, a précisé qu’on ne pouvait pas obliger un passager à se faire tester, car l’Etat n’a pas transféré ce pouvoir de police à Paris Aéroport. S’il est volontaire, le passager pourra se rendre au centre de dépistage, où un étudiant en médecine fera un test. Un coursier transportera l’échantillon dans un laboratoire. Le passager laissera ses coordonnées et on lui notifiera par mail le résultat. Mais il faut un numéro de téléphone français pour accéder au résultat. S’il est positif, on lui recommandera de rester chez lui pour ne pas contaminer les autres. On se croirait revenu au temps des relais de poste ! Beaucoup de passager affirment qu’on ne leur a rien demandé et qu’ils ont pu se balader librement en France. Le ministre de la Santé avait proclamé que la France ferait 700 000 tests. Les laboratoires ont répondu qu’ils n’en avaient pas les capacités. Prélever un échantillon dans le nez, c’est rapide. Mais l’analyser, ça prend plusieurs jours. Veut pas le savoir, exécution ! Un ministre de la République, c’est comme un maréchal d’empire qui commande, mais ne va pas contrôler si ses ordres sont exécutés. Alors que l’épidémie flambe de nouveau dans les villes touristiques, le gouvernement a fini par se montrer ferme : dès le 1er août, tous les passagers venant de 16 pays, classés en zone rouge, devront se faire tester obligatoirement. Pas les pays de l’Union européenne, faut pas faire fuir les touristes ! Comme l’écrit un lecteur du Figaro : « Fermer la porte du poulailler lorsque le renard est déjà dedans n’est pas d’une utilité stupéfiante ». En février, l’Allemagne faisait 60 000 tests par jours, la France, 3000. Pourquoi ? Parce que des tests, y en avait pas assez ! Bien sûr, ça ne sert à rien de tester tout le monde, mais au moins ceux aussi ont des symptômes du virus.  La sagesse arabe le disait : « Un visiteur fâcheux est plus importun au malade que sa propre maladie ». 

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  • 750 milliards - la grande illusion

    Trente ans de journalisme m’ont appris qu’à l’issue d’une négociation difficile, tout le monde clame qu’il gagné. Il faut montrer à ses électeurs qu’on a durement bataillé et qu’on ne revient pas les mains vides. Il y a les champions du cocorico, comme le flamboyant Macron. Et les plus discrets, comme le rugueux premier ministre néerlandais, Mark Rutte, ou la tenace chancelière allemande, Frau Angela Merkel. Ils ont tous sauvé l’Europe et lancé un plan de relance à 750 milliards d’euros. 

    Comme d’habitude, le président du Conseil européen, le Belge Charles Michel, a fait dans le lyrisme : « L’Europe est solide, l’Europe est robuste et surtout, l’Europe, est rassemblée…nous avons fait la démonstration que la magie du projet européen fonctionne…cette Union européenne est une union de valeurs ». Fermez le ban ! En réalité, après quatre jours et quatre nuits d’un marchandage de marchands de tapis, les 27 pays membres ont accouché de belles promesses et d’une montagne de dettes. L’enjeu était gigantesque : éviter que les économies européennes ne plongent dans la pire récession depuis la guerre, avec ses milliers de faillites et ses millions de chômeurs. Bâtir un avenir plus vert, plus solidaire, et parler d’une seule voix face aux Etats-Unis et à la Chine. Arracher l’accord les Etats « frugaux », pas vraiment ravis de prêter des centaines de milliards aux « fourmis », champions de la dépense publique. Vaste programme, selon l’aphorisme  du général de Gaulle  ! 

    Les 27  l’ont fait, grâce aux efforts conjoints de Merkel et de Macron. L’Union européenne va pouvoir emprunter des milliards sur les marchés et les redistribuer aux nécessiteux. Accord historique, tournant, nouvelle dynamique ! Doucement, les basses ! Evidemment, le Français Macron, l’Italien Conte et l’Espagnol Sanchez jubilent : ils auront droit à quelques dizaines de milliards chacun pour redresser leurs économies. Mais, dans le match Nord-Sud, les Hollandais, les Autrichiens et les autres « frugaux » ont chèrement vendu leur peau : 390 milliards de subventions et pas 500, comme le réclamait la Commission. 360 milliards de prêts à rembourser d’ici 38 ans. Le diable est dans les détails : les « frugaux » auront un droit de regard sur l’utilisation des fonds octroyés. Et surtout, ils ont obtenu que leur part au budget commun soit réduite de 53 milliards en sept ans. Donc, moins d’argent pour la santé, la recherche et l’agriculture. On veut bien être solidaire, mais comme Margaret Tatcher : « I want my money back », en français : rendez-moi mon fric ! L’Europe de la solidarité heureuse et de l’harmonisation fiscale n’est pas pour demain, ni pour après-demain. 

    Evidemment, aucun homme d’Etat n’a envie de dire quelles concessions il a dû faire pour sauver les meubles. Il préfère, comme l’impétueux Macron, raconter qu’il a dû taper du point sur la table pour faire peur au vilain Hollandais. Dans le monde des grands garçons, c’est à dire sur les marchés financiers, ce genre de rodomontade ne fait peur à personne. Il y a longtemps qu’on a appris à décoder la langue de bois diplomatique et on a d’autres sources d’informations que les journalistes. La valse des milliards n’impressionne pas les gestionnaires de fonds de pension qui font la pluie et le beau temps à la Bourse. Le CAC 40 a perdu 17,43% au premier semestre. Le fonds de l’air est frais : le tsunami de la crise va s’abattre sur l’économie après les vacances, la pandémie du Covid-19 tuera encore des milliers de personnes, l’élection présidentielle américaine s’annonce sportive et les investisseurs se demandent si les grandes banques vont laisser ouvert le robinet des crédits. 

    Les financiers ne croient pas aux promesses démagogiques des politiciens. Ils savent bien, selon la célèbre formule, que les crédits d’aujourd’hui sont les dettes de demain et les impôts d’après demain. Et ils se demandent à quoi les Etats vont consacrer cette pluie de milliards : à investir dans l’énergie, le numérique, la compétitivité des entreprises innovantes ou à financer les « canards boiteux », les plans sociaux et les revendications syndicales. Il faut écouter la sagesse africaine, celle du politologue guinéen Ibrahima Chérif : « On prend la dette avec le sourire et on rembourse avec le cri ». 

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