La face cachée du Dr Raoult

Comme tous les événements qui font la une des médias, la pandémie du Covid-19 révèle ses héros. Au premier rang du Panthéon, le Dr Didier Raoult, un professeur de médecine marseillais qui prétend soigner le virus avec l’hydroxychloroquine, un médicament prescrit depuis des années contre le paludisme et certaines maladies du système nerveux. Ce scientifique déchaîne les passions de ses partisans, qui lui décerneraient le Nobel, et ses adversaires qui dénoncent ses analyses biaisées.

Tout a commencé il y a quelques semaines quand le Dr Raoult a publié le résultat d’une étude qui affirmait qu’une vingtaine de malades traités par l’hydroxychloroquine étaient guéris. Notre bon docteur n’est pas seulement un chercheur et un praticien, il est surtout un as de la communication. Il a réussi à convaincre les politiciens influents de son département, quelques sommités médicales et jusqu’au président Trump, jamais en retard de prévisions médicales. Sur les réseau sociaux, ses 240 000 partisans ont fait pression sur le gouvernement, qui a fini par accepter que le traitement miracle soit inclus dans une vaste étude internationale sur les remèdes au virus. Il affirme que ses opposants, des chercheurs et des médecins, sont ligués contre lui à cause de leurs intérêts dans les laboratoires pharmaceutiques. 

En France, le débat fait rage. Le maire de Nice, un ancien ministre de la Santé, même Laetitia Hallyday et Michel Polnareff soutiennent le Dr Raoult et plus de 200 000 personnes ont signé une pétition demandant qu’on administre le médicament miracle. Tous les médias ont sauté sur la bonne pioche : le médecin passe son temps à répondre aux interviews et aux portraits, il ouvre généreusement les portes de son laboratoire aux caméras. Plus personne n’ignore la destinée de ce chercheur aux cheveux longs, qui se présente comme un bienfaiteur méconnu de l’humanité. Mais une enquête approfondie du site d’information Mediapart révèle la face cachée du médecin : « Chloroquine : pourquoi le passé du Dr Raoult joue contre lui ». Une enquête à charge : « Des résultats biaisés, des méthodes peu scrupuleuses et une opacité dans les financements des travaux ». 

L’enquêtrice a compulsé les rapports scientifiques des publications du médecin, qui a publié plus de 550 études entre 2011 et 2016, dont sont seuls quatre « peuvent être considérés comme remarquables ». Les critiques sont sans appel : « manque d’expertise en épidémiologie, essais cliniques mal conduits, études biostatiques approximatives. » Pas très rassurant pour un chercheur qui proclame qu’il détient le médicament miracle contre le virus ! Mais le pire est à venir : Mediapart a aussi rencontré d’anciens collaborateurs du Dr Raoult. Ils dénoncent des recherches approximatives, des résultats biaisés et une pression constante du Dr Raoult pour obtenir un traitement. « Il veut toujours être le premier et qu’on parle de lui ». Des organismes officiels avaient constaté ces dysfonctionnements, mais le Dr Raoult avait obtenu un prix, en raison de sa notoriété. L’autre face cachée du bon docteur, c’est le financement de ses laboratoires. Il a toujours proclamé qu’il était indépendant, à la différence de ses concurrents. Pas tout à fait, selon Mediapart : le ministère de la Santé a versé à sa fondation près d’un million d’euros depuis 2012. Le laboratoire Mérieux lui a a octroyé 715 000 euros de dons de fonctionnement, de convention et de partenariat, ainsi que 165 000 euros de participations. Ce laboratoire « participe à hauteur de 1,2 millions d’euros au budget de la Fondation Méditerranée infection ». Le laboratoire Ceva a versé 144 000 euros pour des bourses doctorales. 

Tous les chercheurs du monde sont financés par l’industrie pharmaceutique, mais ils ont l’honnêteté de le déclarer. Le Dr Raoult ferait bien de relire ce proverbe chinois : « Là où règne l’honnêteté, nul ne ramasse ce que d’autres ont perdu en chemin ». 

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