L'Amérique impotente

« In God we trust ». Si j’étais Américain, pas sûr que je fasse encore confiance au Dieu des Pères fondateurs ! Je lui adresserais une petite prière : Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné en pleine épidémie du Coronavirus ? Pourquoi ne m’as-tu laissé le choix qu’entre deux vieillards pour sortir de ce drame ? C’est vrai qu’il y a de quoi s’inquiéter quand on a le choix entre Donald Trump, 72 ans, et Joe Biden, 77 ans. 

Deux politiciens âgés, mais expérimentés pour affronter le virus ? Vous plaisantez, j’espère ! A la Maison Blanche depuis quatre ans, un président républicain qui accuse tout le monde d’être responsable du virus : la Chine, l’OMS, les médias, les démocrates. Un président qui n’écoute personne et qui fait des prévisions absurdes, alors que des milliers d’Américains meurent du virus et que l’économie s’effondre. Face à lui, Joe Biden, l’aimable ex-vice président démocrate de Barrack Obama. S’il a des idées sur la pandémie, il les garde pour lui. Ses conseillers assurent que « sa voix représente la compétence, la force et l’empathie ». Mais on ne l’entend pas. Son plan pour combattre le virus, quelques grands principes et un catalogue à la Prévert de mesures : « Restorer la confiance, la crédibilité, lancer une campagne nationale de tests gratuits, renforcer la capacité des hôpitaux, protéger le personnel de santé, stabiliser l’économie, créer un fonds pour indemniser le chômage, combattre le réchauffement climatique ». Comment réaliser et surtout comment financer tout ça ? Attendez que je sois élu !

Encore une petite prière : Franchement, Seigneur, il n’y a personne en Amérique qui incarne la jeunesse et l’imagination ? Je vais confier mon avenir et celui de mes enfants à des papys qui rabâchent de vieilles recettes ? Des politiciens ambitieux et plus jeunes, il y en avait au début de la campagne, parmi les Démocrates : le maire Pete Buttigieg, 38 ans ; Tulsi Gabbard, 37 ans ; la sénatrice Kamala Harris, 55 ans ; la sénatrice Amy Kamala, 59 ans. Toute la jeune garde démocrate a mordu la poussière en quelques  mois, lâchée par les électeurs et les sponsors. Ne restaient plus que le vieux socialiste Bernie Sanders, 78 ans, et l’inamovible Joe Biden, un an de moins. Et Bernie a fini par capituler. Il n’a pas réussi à convaincre les pontes démocrates, les Noirs et les Latinos  que son programme révolutionnaire allait changer leur  vie. Le 4 novembre, les Américains auront droit à un duel entre deux chevaux de retour, qui se battront à distance à coup de millions de dollars dans une campagne étrange, à cause de l’épidémie. 

Ce serait pourtant le moment que les Républicains et les Démocrates se mettent d’accord pour lutter contre le virus. Quelles mesures pour protéger les Américains ? Quels moyens pour  renforcer les hôpitaux ? Comment soutenir l’économie ? Comme le souligne le Washington Post : « C’est un défi comme le cube Rubik qui comporte des problèmes de santé publique, d’économie et de comportement social, et il mérite plus d’attention qu’il n’en a ». Mais ni Trump ni Biden n’ont envie de se mettre à table ensemble. Juste un coup de téléphone pour dire qu’ils ne sont pas d’accord. Pourquoi ? Parce que c’est la campagne électorale, idiot ! Pour les deux vieux messieurs qui espèrent occuper la Maison Blanche, la bataille contre le virus, c’est important, bien sûr, mais ça peut faire perdre des voix. Alors, prudence ! 

Il doit bien rire, Abraham Lincoln, le président qui proclamait : « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Les deux vieux qui rêvent de diriger une Amérique malade devraient plutôt méditer cet autre aphorisme du 16e président des Etats-Unis : « Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps ». 

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