Coronavirus : le temps des potences

Voici revenu le temps des potences ! Présidents, ministres, responsables de la santé, tous coupables- qu’on les pende haut et court ! On se croirait revenu au Farwest, quand on jugeait les voleurs de chevaux. Pas de pitié pour les incompétents, les corrompus. Pas la peine d’entendre leur voix. Tout plaide contre eux : leurs déclarations contradictoires, leurs erreurs de jugement, leurs mensonges. Ils méritent la potence !

Comme à chaque catastrophe qui nous frappe, les justiciers qui parlent au nom du peuple se lèvent pour réclamer la tête du roi ou du président. En tête de la cohorte des procureurs, les anciens responsables politiques qui crient fort pour faire oublier leurs propres erreurs. J’ai nommé Christian Estrosi, le maire de Nice, Xavier Bertrand et Philippe Douste-Blazy, deux anciens ministres de la santé, eux qui n’ont rien vu ni rien fait, quand les hôpitaux criaient misère. Aujourd’hui, ils savent ce qu’il faut faire : confiner, tester, prescrire la chloroquine. Derrière eux s’avancent les chefs de l’opposition de droite et de gauche, la menaçante Marine Le Pen et l’exubérant Jean-Luc Mélenchon, qui n’ont jamais dirigé le pays, mais qui savent comment arrêter l’épidémie. Il fallait fermer les frontières, l’Union européenne organise la crise sur le dos des peuples. Ah, si on avait écouté tous ces experts ès-virologie, la France n’en serait pas là ! 

Puis, en rangs serrés, les médias. Ce qui fait vendre aujourd’hui, c’est le procès public des responsables politiques, à grand renfort de révélations sensationnelles et de documents accusateurs. Mediapart fait sa une sur la « chronologie d’une débâcle française ». Le Figaro ouvre ses colonnes à Eric Zemmour, le sulfureux chroniqueur pourfendeur de l’islam : « Quand le politique se cache derrière des savants afin de dissimuler ses propres carences ». Même Le Monde  donne la parole à Lionel Shriver, « la Cassandre des lettres américaines », dans une tribune : « N’ayez crainte, je continue de saisir la moindre occasion de prédire la fin du monde ». Et je vous épargne les délires de ceux qui inondent les réseaux sociaux de leurs révélations : le virus a été créé en laboratoire, la pandémie n’existe pas, il s’agit d’un complot mondial pour établir une dictature des peuples ! 

Bien sûr, tous les responsables politiques sont coupables de n’avoir pas compris la menace, d’avoir prétendu que le système de santé était prêt, que les masques étaient inutiles, alors qu’ils savaient qu’il n’y en avait pas. Bien sûr, ils ont été incapables de faire face au drame des soignants débordés dans les hôpitaux et dans les établissements où les vieux meurent sans leurs proches. Comme le disait un ministre : « Citez moi un  seul pays qui avait prévu la pandémie ». Bien sûr, il y des dirigeants indéfendables, comme Donald Trump, qui après avoir nié le virus, a été incapable protéger les Américains et d’éviter l’effondrement de l’économie. Il y a Boris Johnson, qui a payé cher son aveuglement à prendre des mesures sanitaires. Il y a aussi Xi Jinping, qui a tardé à informer et à lutter contre l’épidémie qui a contaminé le monde. Il y a enfin le Dr Tedros, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, qui a été incapable de donner des conseils clairs pour lutter contre l’épidémie. Il y a tous les responsables qui n’ont pas compris les enjeux de santé et qui ont appliqué sans réfléchir les procédures administratives. Selon le diction : « La catastrophe qui finit par arriver n’est jamais celle à laquelle on s’est préparé ».

Coupables ou incompétents ? Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’on est toujours plus intelligent après. Mais, quand les dirigeants essayent désespérément de résoudre les problèmes, quand ils font des choix difficiles pour enrayer le virus : faut-il confiner, faut-il rouvrir les usines et les écoles, faut-il autoriser des médicaments en cours de test ? - il est indécent de lancer des mises en accusation devant la justice. Vingt-huit plaintes ont été déposées contre des ministres. Le temps de la justice viendra quand l’épidémie sera maîtrisée, quand les malades pourront rentrer chez eux, quand le travail aura repris, quand les écoles rouvriront. Et quand les responsables politiques, économiques, syndicaux et les associations pourront ensemble réfléchir au monde dans lequel nous vivrons après la catastrophe. L’écrivain français Serge Brussolo a bien raison  : « Toute catastrophe doit avoir son bouc émissaire »

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