Aux masques, citoyens !

Ça y est, on voit enfin le bout du tunnel ! Cette saleté de virus va être vaincue, grâce à la stratégie audacieuse du gouvernement. Dès lundi, les pharmacies de France et de Navarre pourront enfin vendre des masques de protection contre le Covid-19. C’est la bonne nouvelle. La mauvaise, c’est que des masques, on n’en a pas ! Alors, on bricole et les petits malins s’en mettent plein les poches. Je résume.

Depuis le confinement des Français, le 17 mars, les sages qui gouvernent l’Hexagone ont expliqué au bon peuple, grâce aux avis éclairés des experts : d’abord, que les masques ne servaient à rien, ; ensuite, que les masques étaient réservés aux soignants ; et puis qu’ils en avaient commandés des millions à nos amis chinois ; enfin, que ce serait mieux si tous les Français fabriquaient eux-mêmes leurs masques à la maison. Vous auriez confiance, vous, dans un médecin qui change de diagnostic chaque semaine ? Le président Macron avait bien raison de rappeler cette forte maxime d’Emile de Giradin : « Gouverner, c’est prévoir ». Mais il avait prudemment oublié la fin : « Ne rien prévoir, c’est courir à sa perte ». Empêtrés dans leurs semi-vérités - vous voyez que je suis poli ! - et harcelés par les Français qui pensent qu’on se fout de leur gueule, Macron et ses ministres ont sûrement relu Jean Cocteau : « Ces mystères nous dépassent, feignons de les avoir inventés ». 

Bon, revenons à nos…masques ! Combien faut-il de masques pour que tous les Français soient protégés du virus ? Bonne question : personne n’en sait rien. Selon le ministre de la Santé, les soignants ont besoin de 24 millions de masques FFP2 - vous savez ces machins en canard - par semaine. Les collectifs de médecins hurlent : il nous en faut 105 millions par semaine. Et on ne vous parle même pas des masques chirurgicaux, ces bouts de tissus brevetés que les soignants jettent plus fois par jour. Il en faudrait 18 par semaine pour chaque médecin de ville et chaque pharmacien, 9 pour les aides à domicile et les sages-femmes. Si on compte aussi les pompiers et les secouristes, il faudrait 1,5 million de masques. Pas de soucis, les gars, le ministre a promis 500 000 masques par jour pour les maison de retraite. « Les promesses rendent les fous joyeux », dit l’adage populaire.

Mais, bon sang, pourquoi manque-t-on de masques ? Le quotidien suisse Le Matin Dimanche a mené l’enquête en Suisse. C’est parce que, au premier trimestre, des petits malins ont vendu en Chine, en France et en Allemagne 25 tonnes de masques suisses recherchés par les hôpitaux. Au plus offrant : 60 francs suisse le kg pour la Chine, 207 pour l’Allemagne, 96 pour la France, 126 pour l’Espagne. Le pompon, c’est la Guinée Equatoriale : 528 francs le kg. Les affaires sont les affaires ! En même temps, la Suisse achetait 108 tonnes de masques aux mêmes pays. Si ça se trouve, ce sont les mêmes excellents produits made in Switzerland. Et en France ? Ben, si vous croyez que le gouvernement a le temps  de faire une enquête ! 

Mais, en France, tout le monde n’a pas perdu le nord. A peine les Français avaient-ils appris que les apothicaires allaient dispenser les précieux masques, approuvés par le gouvernement, qu’ils découvraient avec ravissement que des petits malins - qui ne gouvernent pas, mais qui savent prévoir, eux - proposaient des masques importés ou home-made. Bon, c’est pas donné : 35 € les 10, lavables et réutilisables ;1 7 € les 4 « en soie bien respirant »; 17,90 € les 10 + 2,99 pour livraison à quinze jours. Plus de 25 000 clients ont déjà passé commande. Puisque le gouvernement refuse de contrôler les prix, y a pas de raison de se priver. Le masque, c’est pas coté en Bourse, mais son prix fluctue selon l’offre et la demande ! 

A voir comment les princes qui nous gouvernent ont géré la pénurie des masques, on peut vraiment être inquiets sur leur stratégie pour mettre fin au confinement. Comme dit l’adage populaire vaudois, ces champions suisses de la litote : « Quand on a entendu ce qu’on a entendu, quand on vu ce qu’on a vu, on a rudement raison de penser ce qu’on pense ».

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