Mon royaume pour un vélo

Le Covid-19 a des effets secondaires étonnants. Certains sont encore des mystères pour les chercheurs. Un des effets, pour lequel il n’existe encore ni médicament ni vaccin, est le syndrome de la bicyclette. Le mantra des gouvernants est épatant : laissez tomber la bagnole, évitez les transports publics, prenez votre vélo !

L’autre jour, à la radio, la ministre française des transports, Elisabeth Borne, avouait qu'elle prenait sa bicyclette pour se rendre à son bureau. Pourquoi vous riez ? Ça vous rappelle la très écologiste Christiane Taubira, ministre de la justice, quittant son ministère à vélo devant les cameras et les micros. Au moment où la France retrouve la liberté, après 55 jours de confinement, le mot d’ordre est : respirez, prenez l’air et surtout, ressortez votre vélo. L’Etat vous offre 50 euros pour le retaper. Et voici l’image de Français heureux, pédalant en choeur au rythme de la fameuse chanson de Joe Dassin : « Paris, à vélo, on dépasse les autos ». Ca nous change un peu des malheureux entassés dans le métro, bloqués dans les embouteillages  ou cavalant pour attraper leur train de banlieue.

Tout le monde s’est converti à la petite reine. Anne Hidalgo, la maire socialo-bobo de Paris, grande pourfendeuse de la bagnole, a promis « Paris 100% vélo ». Tous les maires sont partisans du vélo. C’est un risque pour leur popularité, les automobilistes pestent contre ses satanés cyclistes qui grillent les feux rouges et roulent sur les trottoirs. Mais, créer des pistes cyclables, ça ne mange pas de pain : quelques coups de peinture jaune, le sigle du cycliste, et voilà ! A Genève, ma ville natale, la nouvelle majorité municipale socialo-écolo, va certainement poursuivre sa stratégie pro-vélo : plus de pistes, plus de bicyclettes. Je ne sais pas si vous vous êtes risqué à rouler à vélo à Genève. C’est plutôt sportif ! Pistes cyclables qui s’arrêtent au coin de la rue ou qui sont à contresens de la circulation, interdiction de rouler sur les voies du tram.

Tout le monde découvre les charmes de Copenhague, la capitale de la bicyclette. C’est vrai que ces milliers de Danois perchés sur leur vélo à guidon haut, avec leur petit panier, roulant sans s’engueuler, ça fait rêver. Mais il a fallu dix ans pour convertir les Danois au vélo. A Copenhague, je me croyais à Hanoï, il y a vingt ans, quand j’allait rendre visite au tombeau de l’Oncle Ho. Mais c’était avant que les Vietnamiens découvrent le plaisir de la petite moto pétaradante ! 

Le syndrome de la bicyclette brouille les esprits. Enfin, réfléchissez un instant. Promouvoir le vélo, c’est vouloir la mort de la bagnole. Vous avez pensé aux millions d’ouvriers qui fabriquent, de commerciaux qui vendent, de garagistes qui réparent, d’assureurs qui assurent, de pompistes qui font le plein de nos précieuses autos ? Vous voulez vraiment mettre au chômage tous ces gens, en écoutant ceux qui vous somment de vous mettre en selle ? Le vélo, c’est bon pour la santé, ça va sauver la planète ! D’accord, mais c’est mortel pour l’économie. Le cycliste n’achète pas de bagnole, il ne va pas au garage, il ne paie pas d’assurance, il ne dépense rien - juste un casque, des gants et des pneus tous les cinq ans. Je sais bien que ma thèse est pure provocation. Mais le vélo, c’est une hérésie économique. Prêter 5 milliards d’euros à Renault et, en même temps, promouvoir le vélo, ça n’est pas très cohérent, non !

Ah bon, vous pensez que la crise du Covid-19 est une magnifique occasion de changer de vie, de mettre enfin à bas ce système capitaliste, cette mondialisation criminelle et d’abolir cette consommation effrénée ? C’est ce que prônent Nicolas Hulot, Greta Thunberg et des millions d’écolos. Etre ou ne pas être écologiste, aurait proclamé Hamlet, s’il avait survécu au virus. Ca se discute. Mais, alors, qu’est-ce qu’on va faire des millions de bagnoles qui dorment sur les parkings des constructeurs ? Comment va-t-on recycler ces gigantesques usines robotisées, ces aciéries ultra-modernes et ces pétroliers géants ? Vous aller devoir expliquer aux habitants des campagnes que la voiture, c’est fini. Eux qui n’ont pas encore payé leur crédit et qui vivent à 20 km. d’un supermarché. Macron avait bien essayé le pari écolo, avec la taxe carbone. Il a eu trois mois de gilets jaunes ! Courage, le monde nouveau est devant nous ! 

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