Chômage partiel : rien ne va plus

Les Français ont une imagination sans limites pour la fraude, sous toutes ses formes. Frauder le fisc, ne pas régler ses contraventions, oublier de payer sa femme de ménage, c’est un sport national, comme la pétanque. Alors, quand le gouvernement décide de prendre en charge les salaires pour éviter les faillites et les licenciements, l’occasion est trop belle. Le chômage partiel, c’est une merveilleuse machine à frauder le fisc, pour les patrons indélicats : je mets mes salariés au chômage partiel, l’Etat rembourse 100% des salaires, je leur verse 84% net de leur salaire… et je les fait bosser quand même ! 

Depuis deux mois, environ 821 000 entreprises, soit près de 9 millions de Français, ont ainsi bénéficié du chômage partiel, promis par le président de la République, pour « doter la France du système le plus protecteur d’Europe ». Cela va coûter entre 30 et 40 milliards d’euros. C’est grand, c’est généreux, la France ! Comme le président avait promis d’aller vite, on n’a pas eu le temps de consulter les commissions du personnel ni même d’informer les salariés. Les décrets d’application viendront plus  tard. Dans sa  grande sagesse, le gouvernement a fait confiance au civisme des patrons pour ne pas abuser du chômage partiel. C’est raté ! Un cabinet d’études a enquêté auprès d’élus et de responsables syndicaux. Ils affirment qu’un salarié sur quatre a continué à travailler, à la demande du patron ou de sa propre initiative, alors que son entreprise encaissait l’allocation de chômage partiel. 

Le télétravail est une véritable aubaine pour les rois de la triche. Ca marche comme ça : je demande le chômage partiel, je renvoie chez eux mes salariés, puis je leur passe un coup de fil pour leur demander de continuer leur boulot, de se dévouer pour la boîte, en les menaçant de les virer s’ils refusent. Bien sûr, c’est illégal. Les patrons tricheurs risquent jusqu’à deux ans de prison et 30 000 euros d’amendes. Mais si vous croyez que la ministre du Travail a le temps de vérifier 800 000 entreprises et 9 millions de salariés ! Il faudrait une armée de fonctionnaires pour contrôler les comptes, pour interroger les salariés, pour consulter les mails. 

Comme tout ce que crée l’administration française, le système du chômage partiel est une usine à gaz. En sabir administratif, ça s’appelle «dispositif d’activité partielle». Les entreprises demandent à l’Etat de payer les salaires quand on les a obligé à fermer, comme les restaurants, les théâtres et les cinémas ; quand elles n’ont pas pu s’approvisionner, comme les chantiers ; quand  elles n’ont pas pu protéger leurs salariés ou leur proposer le télétravail. Ca en fait du monde, près d’un Français sur trois.. Des salariés ont découvert sur leur feuille de paie qu’ils avaient été au chômage partiel à leur insu ! Il a fallu qu’ils dénoncent les abus sur les réseaux sociaux pour que le ministre de l’Economie tape du poing sur la table. Ah, mais ça ne se passera pas comme ça ! La chasse aux fraudeurs est ouverte et l’Etat va se faire rembourser. Bien sûr, l’administration tiendra compte de la bonne foi des patrons. Certains ont fait des erreurs, d’autres ont fraudé. On souhaite bon courage aux inspecteurs du travail !

Dès le 1er  juin, l’Etat sera moins généreux, 85% du salaire net remboursés, pour pousser les entreprises à reprendre le travail. Les salariés n’y perdront rien, ce sera le patron qui prendra en charge 15% du chômage partiel. Pour beaucoup d’entreprises qui étaient déjà au bord du gouffre, le choc économique risque d’être fatal. En avril, le chômage a augmenté de 22%. On peut craindre une vague de licenciements après les vacances d’été. La regrettée François Giroud avait raison : « Le chômage est comme une marée noire qui recouvre l’herbe verte, là où elle a poussé ».

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