L'Amérique en flammes

Depuis une semaine, les médias nous montrent une réalité incroyable : la première puissance mondiale, l’Amérique, est en flammes. D’un bout à l’autre du pays, des manifestations géantes dégénèrent en émeutes et en pillages. Le meurtre de George Floyd, un Noir de Minneapolis, asphyxié par un policier blanc, a provoqué la plus grave crise de la présidence de Donald Trump. 

Des images violentes à New York, Washington, Boston, Los Angeles, Dallas, Philadelphie, dans 140 villes à travers le pays. Des magasins mis à sac, des maisons en feu, des nuages de gaz lacrymogènes, des policiers en tenue de combat, la garde nationale sur pied de guerre, des morts dans les affrontements avec les forces de l’ordre. L’Amérique et le monde, effarés, contemplent le désastre. Ce n’est pas la première fois que la mort d’un Noir abattu par des policiers blancs provoque des émeutes. Une autre fois, une autre année, cet événement tragique aurait été suivi par des marches silencieuses et la promesse de réformes. Mais, en ce printemps 2020, l’Amérique n’est pas prêt à accepter cette mort. Le virus a causé la mort de plus de 100 000 Américains, des Noirs pour la plupart. Les Etats-Unis sont plongés dans la pire dépression depuis 90 ans. Le chômage de masse frappe surtout la communauté afro-américaine. 

Les émeutes sont le signal de la peur, de l’anxiété, de la colère et du désespoir de millions d’Américains qui n’en peuvent plus d’être harcelés et assassinés par la police. Les forces de l’ordre ont vite été débordées par des émeutiers qui s’en sont pris aux symboles du pouvoir et de la prospérité ; le grand magasin Macy’s à New York, un complexe commercial à Los Angeles, l’église St. John à côté de la Maison Blanche, à Washington. Mais 2020 est aussi une année électorale. En novembre, les Américains diront s‘ils veulent garder Donald Trump à la Maison Blanche ou le remplacer par son adversaire démocrate Joe Biden. Après avoir paru dépassé, le président a lancé, comme à son habitude, des rafales de tweets pour accuser la mouvance d’extrême-gauche Antifa d’avoir provoqué les émeutes et les gouverneurs et les maires démocrates de mollesse dans la répression. Il a qualifié les manifestants de « terroristes ». Il a menacé de faire appel à l’armée pour rétablir l’ordre, ce qu’aucun président américaine n’a fait en temps de paix. 

Le candidat démocrate, Joe Biden, a fini par sortir de sa retraite pour réclamer que Trump fasse preuve de leadership : »Nous ne laisserons aucun président calmer notre voix ». La plupart des médias américains, très critiques envers Trump, dénoncent son attitude : « Vous ne pouvez pas être le président de la loi et de l’ordre si vous nourrissez le chaos », écrit le New York Times. Mais il faut aussi regarder les médias pro-Trump pour mieux comprendre les crispations des Républicains. Comme l’éditorialiste de Fox News, la chaîne préférée de Trump : « Nos leaders ont hésité et menti à propos des émeutes, alors que la nation est en flammes ». Sa thèse : la mort de George Floyd est un prétexte, il ne s’agit pas d’une protestation politique, mais d’une attaque contre le système démocratique. Il met en garde Donald Trump : « Si le commandant en chef de peut pas arrêter le chaos, il perdra en novembre. La gauche le blâmera pour les atrocités qu’elle a encouragées et quelques électeurs approuveront ». 

Comme déjà plusieurs fois dans son histoire, l’Amérique est au bord de la guerre civile entre Noirs et Blancs, entre pauvres et riches, entre ceux qui ont perdu leur job et ceux qui l’ont gardé. La crise du Covid-19, la politique de Donald Trump et la campagne électorale ont exacerbé les conflits. En 1968, la révolte noire qui avait suivi l’assassinat de Martin Luther King avait porté Nixon au pouvoir. Il apparaissait comme le candidat de la stabilité. Trump joue sur la peur du chaos pour être réélu, en encourageant la violence policière et le recours à l’armée. La fin de son mandat risque d’être dramatique si l’opinion américaine et même ses partisans le jugent incapable d’être le leader dont l’Amérique a besoin. 

Lien permanent Catégories : Air du temps 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.