USA : le casse-tête du vote

Comment être élu président des Etats-Unis si je ne peux pas rencontrer mes électeurs, leur serrer la main, leur faire la bise et les réunir dans des meetings géants ? Comment faire voter des millions d’électeurs dans des écoles et des salles communales sans risquer de relancer l’épidémie ? Voilà le sacré défi auquel sont confrontés le président Donald Trump et de son rival Joe Biden. C’est la faute à ce fichu virus, qui a déjà tué plus de 100 000 personnes. Dans cinq mois, les Américains voteront pour élire les grands électeurs qui choisiront leur président. Ils voteront aussi pour les sénateurs dans 35 Etats, pour les gouverneurs dans 11 Etats et pour de nombreux referendum locaux. 

La seule certitude, c’est que l’élection présidentielle sera serrée entre Donald Trump et Joe Biden. Le président est déstabilisé par son incapacité à gérer la grave crise du virus et les protestations géantes contre la police, après le meurtre de George Floyd par un policier blanc. Son adversaire démocrate, Blanc et pur produit de l’establishment, essaie de profiter de la situation pour conquérir les minorités noires et latinos. Le bazar, c’est que les listes électorales n’ont pas été mises à jour depuis des années et que le scrutin est organisé dans chaque Etat avec des modalités différentes : bulletin de vote dans l’urne, machine à voter, vote par correspondance, vote électronique. 

Au pays de Google, de Facebook et des réseaux sociaux, certains croient avoir trouvé la recette : le vote par Internet. Lors de la dernière élection présidentielle, en 2016, 27 millions d’Américains avaient voté via un écran électronique. Cette année, huit Etats utiliseront cette technologie, soit 16 millions d’électeurs. Le problème, c’est que ces systèmes ont été développés par des sociétés privées, sans contrôle de leur fiabilité. Les Américains n’ont pas oublié qu’en 2016, les hackers russes avaient essayé d’attaquer ils logiciels et les machines à voter dans les 50 Etats américains. La plupart des experts de la sécurité informatique affirment : il faut revenir aux bulletins de vote papier, marqués à la main. C’est la meilleure défense contre les pirates informatiques étrangers. 

Le New York Times a publié une longue enquête. Aucun système de vote n’est sûr à 100%. Mais le vote par Internet permet de modifier un bulletin de vote sans que personne ne s’en aperçoive. J. Alex Halderman, professeur d’informatique du Michigan : «Le vote en ligne suscite des risques si sévères que, même à une époque de troubles et de pandémie, ces juridictions prennent un risque majeur de miner la légitimité des résultats électoraux ». Le talon d’Achille de tout système, c’est le registre des électeurs. Il est connecté à Internet et il peut être consulté par des fonctionnaires et les sociétés qui l’ont installé. Ce sont des données publiques, mais elles sont gérées par des sociétés privées qui les stockent dans des serveurs, souvent mal protégés. Très facile pour un hacker de s’introduire dans le système, de modifier des adresses pour faire croire que des électeurs n’ont plus le droit de vote parce qu’ils ont quitté l’Etat, de modifier des bulletins ou de bloquer l’accès en réclamant une rançon. 

Plusieurs Etats américains ont expérimenté le système de la société Democracy Live pour faciliter le vote des malades incapables de se déplacer, des militaires et des  électeurs à l’étranger. Democracy Live possède une base de données contenant le vote de millions d’électeurs. Son président jure qu’il ne partage pas ses données et qu’il ne les vend pas. Il affirme qu’il n’y a jamais eu de problème de sécurité depuis dix ans. Les experts de la sécurité conseillent quand même d’imprimer chaque bulletin ! Mais aucun pays n’a été confronté à une pandémie et à une élection à date fixe où des dizaines de millions d’électeurs doivent être certains que leur vote n’a pas été manipulé. La méfiance est telle que Donald Trump a déjà annoncé que le vote par correspondance était une invitation à la fraude. Comme s’il prévoyait d’avance de contester le résultat s’il était battu. 

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