Vaccin - la peau de l'ours

La course aux vaccins contre le Covid-19 vient de prendre un virage européen. L’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas ont signé un accord avec le laboratoire AstraZeneca pour garantir à l’Union européenne la fourniture de 300 millions de doses d’un éventuel vaccin. Cette avance sur paiement va permettre au laboratoire de poursuivre ses recherches et de se préparer à produire le vaccin dès qu’il l’aura testé. L’Union européenne, de son côté, aura un accès privilégié au nouveau vaccin. 

Un deal win-win, comme disent les experts : pile, je gagne ; face, tu gagnes. En clair, l’UE achète la peau de l’ours avant que le labo ne l’ait tué ! Evidemment, ça n’est pas ce que Macron proclamait : le vaccin contre le virus ne sera pas « un bien public mondial ». Depuis des semaines, les grands labos sont engagés dans une course frénétique au vaccin. Le premier qui l’aura testé et qui pourra le produire touchera le jackpot en milliards de dollars. L’Europe était mal partie, avec ses labos nationaux qui ramaient avec leurs subventions pour rattraper les Etats-Unis. Trump avait mis 400 millions de dollars pour stimuler la recherche. Le laboratoire Sanofi avait dit merci et promis que les Américains seraient les premiers servis. Grosse colère de Macron et déchaînement de fureur contre ces labos qui s’engraissent sur le dos des malheureuses victimes du virus. 

Dans la vraie vie, ça se passe comme ça : la recherche est financée par des laboratoires privés. Chercher un vaccin, le tester, le faire approuver, le produire et le vendre, cela coûte au moins un million de dollars. Il faut tester en laboratoire, faire des essais sur des animaux, puis sur des humains. Il faut protéger le vaccin par des brevets, il faut faire valider par les services de santé, négocier les prix pour que le vaccin soit remboursé. Et plus d’une recherche sur cent n’aboutit à rien. D’habitude, découvrir un vaccin, ça peut prendre des années. Cette année, tous les labos carburent nuit et jour pour être les premiers. Et dans le système capitaliste, c’est premier arrivé, premier servi. On peut le regretter et proclamer que la santé est un bien public, que le vaccin devrait être distribué gratuitement. On peut rappeler que des services publics de recherches, comme  l’Institut Pasteur, travaillent aussi pour trouver un vaccin. La réalité, c’est que seuls les grands labos privés ont les moyens de rechercher, de fabriquer et de distribuer le vaccin. 

Les enjeux vont bien au-delà du vaccin. Le Covid-19 a déjà atteint 7,5 millions de personnes, il a tué plus de 420 000 malades, il a provoqué la pire crise économique depuis les années 30, il a fait perdre leur travail à des millions de travailleurs et provoqué la faillite de milliers d’entreprises. Trouver un vaccin et le distribuer, c’est la meilleure chance de sortir de la catastrophe. Les pays qui avaient proclamé qu’ils étaient prêts à faire face à la pandémie l’ont payé très cher. Ils ont été incapables de protéger la population avec des masques et de gérer les hôpitaux et les maisons de retraite. Les victimes accusent et portent plainte contre des dirigeants incompétents, qui ont dit tout et son contraire. 

Bien sûr, on peut ouvrir une nouvelle polémique sur l’insuffisance des crédits publics pour la recherche. On peut dénoncer la collusion des gouvernements avec la Big Pharma. Cela fera plaisir à l’opinion publique, qui n’a plus confiance. Mais ça ne fera pas avancer la recherche d’un  vaccin. Après des mois de chacun pour soi, l’Union européenne a fini par accepter qu’il fallait passer un contrat, payé d’avance, avec un des labos en pointe sur la recherche d’un vaccin. 

L’écrivain anglais William Arthur Ward donnait ce conseil : « Le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va changer, le réalise ajuste ses voiles ». 

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