Macron - écolo toute !

La France a le génie des grandes messes populaires et patriotiques. Fête de la Liberté deux ans après la prise de la Bastille, accords de Grenelle après Mai 68, grand débat national au printemps 2019 et aujourd’hui, Convention citoyenne sur le climat. La France glorieuse, patrie des Lumières, est entrée dans l’’Histoire. A part les accords de Grenelle, quand Pompidou avait cédé à toutes les exigences des syndicats, on ne se souvient pas que ces événements aient changé le cours de l’histoire. 

La Convention citoyenne pour le climat - ça a de la gueule, non ! - risque bien de faire partie des éléphants blancs de la République. Pourtant les chiffres claquent au vent : 150 citoyens tirés au sort, 500 pages de documents, 150 propositions pour «changer la société» et la promesse du président de consulter les Français par referendum. Pendant neuf mois, ces Français ont débattu, proposé et voté. Une expérience démocratique voulue par Macron pour répondre à la crise des «gilets jaunes». «Des propositions précises, claires et détaillées », avait précisé le président, qui les reprendra par referendum, projet de loi ou règlement. La vague écolo lancée par Greta et des milliers de jeunes, la poussée des Verts aux municipales ont convaincu Macron que Cocteau avait raison : « Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur ». 

Il voulait des propositions, il en a, par brassées, par tombereaux ! Ca démarre fort : les citoyens-écolos veulent ajouter à l’article un de la Constitution : « La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique ». Pour changer la société, ils proposent de réduire la vitesse à 110 km/h sur les autoroutes, de doter de 200 millions d’euros le fonds vélo, d’interdire les vols intérieurs, d’obliger les propriétaires à rénover les logements « passoires thermiques » , de faire manger aux Français 20% de viande et de produits laitiers en moins, de voter une loi punissant le crime d’écocide, de bannir les panneaux publicitaires pour les centres commerciaux, d’interdire la 5G. De justesse, ils ont renoncé à la semaine de 28 heures avec hausse de 20% du SMIC. 

En résumé, ces vertueux Français veulent un nouveau modèle de société « orienté autour de la sobriété, du partage et de la justice sociale, nous devons consommer moins, produire moins et donc travailler moins ». Voilà la patate chaude que vient de recevoir le président Macron. Avant le Covid-19, il avait promis de mettre en musique les propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Dans la France déconfinée, alourdie d‘une dette de centaines de milliards et d’un million de chômeurs en plus, c’est mission impossible. Toutes ces mesures proposées coûteraient des milliards à l’Etat et feraient descendre les Français dans la rue. 110 à l’heure sur les autoroutes ? Les départements avaient sorti les fourches quand le gouvernement avait voulu réduire à 80 la vitesse sur les nationales. Taxe carbone sur les carburants ? Six mois de « gilets jaunes ». Le referendum pour modifier la Constitution ? C’est une baffe assurée pour Macron. Une cadeau inespéré pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Depuis le non au Traité européen en 2005, aucun président n’a osé consulter les Français par referendum. Quelles questions, d’abord ? Pour ou contre le 110 sur autoroute ? Pour ou contre la frugalité alimentaire ? Pour ou contre le crime d’écocide ? Vous voulez parier sur le résultat ? Les Français veulent une société plus respectueuse de l’environnement, mais ils ne sont pas prêts à sacrifier leur confort, surtout si ça leur coûte de l’argent. Macron veut bien donner des gages aux écolos pour relancer son quinquennat, mais il n’est sûrement pas prêt à aller à l’abattoir. Le piège, c’est que le président s’est engagé à reprendre les propositions de la Convention. S’il les enterre, il aura des manifs géantes de Réseau Action Climat, Youth For Climate, Extinction Rebellion : c’était ça, la démocratie directe, la promesse d’écouter les défenseurs de la vie ? S’il applique ces propositions dans toute leur rigueur, c’est le retour des « gilets jaunes » et des syndicats dans la rue. Michel Rocard l’avait bien compris : « Un referendum, c’est une excitation nationale où on met tout dans le pot ».

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