France - les marécages du Palais

Il y a vraiment quelque chose de pourri au royaume de Thémis, la déesse de la Justice. Comme moi, vous avez écouté avec ravissement les feulements furieux des fauves du Palais, les grands avocats dont l’ego est égal à leurs honoraires stratosphériques. J’ai nommé Mes Dupont-Moretti, Jean Weil, Olivier Metzner, Frank Berton, Francis Szpiner. Ces maîtres du barreau ne défendent plus la veuve et l’orphelin depuis longtemps. Ils leur préfèrent des clients célèbres et fortunés : Nicolas Sarkozy, François Fillon, Patrick Balkany, Bernard Tapie, Bokassa et autres criminels en col blanc.

Quelle est la raison de la fureur de ces robes noires ? Les mauvaises manières du Parquet financier, chargé de traquer les délits financiers en France. Et notamment les combines pas nettes de Sarkozy qui aurait promis à un magistrat un bon poste à Monaco en échange de tuyaux sur une enquête en cours. Ces juges impitoyables ont osé consulter les fadettes - le relevé des écoutes téléphoniques - de plusieurs avocats, pour savoir qui informait le magistrat pourri. Vous vous rendez compte : un juge ose écouter les conversations confidentielles entre un avocat et son client ? Un scandale d’Etat, hurle le choeur des avocats. Même si Sarkozy, tout de blanc vêtu, avait un téléphone sous un faux nom, Paul Bismuth !

Le fan club de Sarko et la droite unanime condamnent le procédé. Ils affirment que c’est le «cabinet noir» du président Hollande qui a instrumentalisé le PNF pour éliminer le candidat Fillon. Ils dénoncent des procureurs à la botte du pouvoir. Voilà qu’une confidence de l’ancienne procureur du Parquet financier vient pimenter l’affaire. Mme Eliane Houlette, ex-procureur du PNF, déclare qu’elle a subi des pressions de sa hiérarchie quand elle s’occupait du dossier Fillon, accusé d’abus de biens publics. L’élégante magistrate passait pour une auxiliaire intransigeante de la justice. Elle a fait tomber Cahuzac, Dassault et Balkany. Certains ne le lui ont jamais pardonné. Mais, aujourd’hui, ils feignent de comprendre : Me Houlette était «manipulée» par sa supérieure pour faire inculper le pauvre Fillon, un ex-premier ministre au-dessus de tout soupçon ! A le retraite, elle a voulu se venger en révélant les pressions. Ca va, vous suivez ? Parce que c’est pas fini, le show must go on ! On n’est jamais aussi bien servi que par ses adversaires. Voilà que les enquêteurs de choc de Mediapart, pas vraiment des copains de Sarko et sa bande, révèlent «le dossier noir de la procureure Houlette». Les pandores de la section de recherches de la gendarmerie de Marseille étaient aussi des fanas des écoutes téléphoniques. Ils ont découvert que Madame la procureure fricotait avec l’entourage du maire Jean-Claude Gaudin pour enterrer une enquête sur des malversations. En gros, ils avaient conclu un pacte pour protéger l’insubmersible Gaudin. L’an dernier, le Parquet général avait ouvert une enquête pénale contre Mme Houlette pour «trafic d’influence, prise illégale d’intérêt, violation du secret». C’est fou ce que ces magistrats et ces avocats peuvent être imprudents ! Ils devraient savoir, puisqu’ils l’ordonnent régulièrement, que les écoutes téléphoniques ne sont pas faites que pour les braqueurs et les trafiquants. Les flics font leur boulot : quand on leur dit d’écouter, ils écoutent ! Et quand ils entendent des trucs pas nets, ils font un PV et ils transmettent au procureur. Les fins limiers de Mediapart ont eu accès, une fois de plus, aux procès-verbaux et aux relevés des écoutes policières. Quel heureux hasard ! Les avocats, féroces contempteurs de l’ex-procureure, doivent s’en lécher les babines. L’enquête de Mediapart tombe pile-poil pour confirmer leurs soupçons. Le Parquet financier serait un repaire de justiciers en hermine, acharné à la perte d’honorables personnalités politiques qui déplaisent au pouvoir ! La ministre de la Justice a entendu les clameurs de la basoche et elle a demandé à la procureur générale de Paris de vérifier si le PNF respectait le code de procédure pénale. Macron a déjà sur le dos les infirmières, les flics, les patrons de boîtes de nuit, les députés de l’opposition, les syndicats. Manquait plus que les avocats s’en mêlent ! Leur pouvoir de nuisance est proportionnel à leur notoriété. C’est à dire redoutable ! 

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