Macron et Johnson, les convertis

Qui aurait parié que le Covid-19 allait convertir Macron et Johnson au communisme ? Je plaisante ? A peine. Boris Johnson vient de lancer un programme-choc de 5 milliards de livres pour reconstruire son pays: « Build, build, build », en évoquant le New Deal de Roosevelt. Il veut construire des hôpitaux, des écoles, des routes, des voies de chemin de fer. Macron veut « reconstruire  une économie forte, écologique et solidaire ». 465 milliards d’euros de soutien, notamment à Renault, à Air France, à Airbus. Bon, on n’en est pas encore aux Soviets et à l’électricité, comme le proclamait le regretté Lénine ! Mais à Londres comme à Paris, c’est : à gauche toute !

Normal que l’Etat vienne au secours des entreprises quand le chômage explose et que l’économie est dévastée. Normal que de farouches partisans de l’économie de marché se convertissent à l’étatisme. N’empêche que Boris Johnson avait promis de quitter l’Union européenne pour faire de son pays un paradis du libéralisme et du capitalisme triomphant. N’empêche qu’Emmanuel Macron avait été élu en promettant de réduire les dépenses de l’Etat, de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires et de réformer l’assurance-chômage. Ces belles promesses électorales n’ont pas résisté à la crise. 

Mais ne devient pas Roosevelt qui veut. Dans les années 30, le président des Etats-Unis avait bouleversé l’économie américaine pour sortir de la Grande Dépression, qui avait plongé 11 millions d’Américains dans le chômage : réforme des banques, assistance sociale, aide aux agriculteurs, redistribution  des ressources et du pouvoir. Le New Deal était une révolution politique et sociale dans la patrie du capitalisme. Le mythe Roosevelt dure encore. Même si les économistes doutent du succès du New Deal pour relancer l’économie. 

Macron et Johnson jouent petit bras pour sortir de la crise. A Londres, l’opposition ricane. The Guardian : « La Grande-Bretagne n’a pas besoin de constructions demain, mais d’emplois aujourd’hui ». A Paris, les écolos, qui vont diriger plusieurs grandes villes,  sont sceptiques devant les grandes promesses de Macron : « Ce sera le combat du siècle, celui de notre capacité à inventer de nouvelles manières de vivre, d’habiter, de faire durablement ». Le porte-parole de la Confédération paysanne résume : « Il manque quand même une remise en cause des politiques libérales, sans laquelle il sera difficile de réussir une transition écologique, climatique et sociale ». 

Dieu qu’il est difficile pour un politicien de changer de logiciel : libéral un jour, libéral toujours. Roosevelt avait été triomphalement réélu à quatre reprises, parce qu’il avait réussi à convaincre des millions d’ouvriers et d’agriculteurs, grâce à ses fameuses conférences à la radio. Evidemment, les Républicains, les milieux financiers et les conservateurs l’avaient accusé d’être proche des communistes. Au moins une accusation que personne ne lancera à Macron ou à Johnson, le marteau et la faucille ont presque disparu en France et en Grande-Bretagne ! 

Leur problème, c’est que Macron et Johnson sont tous les deux très impopulaires. Quatre Français sur dix font confiance à Macron. A peine plus de Britanniques soutiennent leur premier ministre. A Londres, The Times persifle : « Les 5 milliards sont peanuts comparés aux folies de Roosevelt ». Les travaillistes aiguisent déjà leurs couteaux. A Paris, les Verts ont repris du poil de la bête aux élections municipales et ils sont décidés à ne pas laisser les revendications de la Convention citoyenne se perdre dans le désert. Difficile de convaincre quand on a tant promis et si peu réalisé : le Brexit, Johnson l’a fait, mais rien n’est encore réglé pour l’avenir. La révolution promise par le candidat Macron : « Affronter la réalité du monde nous fera retrouver l’espérance », personne ne pense sérieusement qu’elle a la moindre chance de se réaliser. Un célèbre et oublié conseiller en communication, Denis Leroy, avait un jour lancé cette cruelle maxime : « La politique est une course automobile dans laquelle on engage le meilleur pilote, sans s’apercevoir qu’il est au volant d’une vieille guimbarde ». 

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