In Tweet We Trust

Tout a commencé comme une gigantesque blague : sur Twitter, des hackers avaient proposé aux fans de Bill Gates, d’Obama, de Joe Biden, de Jeff Bezos, du financier Warren Buffet et d’Elon Musk de gagner une fortune en doublant leur achat de bitcoins, une monnaie virtuelle. Et ces célèbres milliardaires avaient accepté le défi : « Si vous m’envoyez 1000 $ sur mon compte, je vous en envoie 2000 $ » ! Evidemment, tout ça, c’était bidon ! Les hackers avaient piraté les comptes Twitter. 

Cette gigantesque arnaque, qui a rapporté à ses auteurs plus de 120 000 $, n’a pas fait rire du tout le réseau Twitter, qui compte 300 millions de followers actifs, dont 83% des leaders du monde. Une poule aux oeufs d’or, qui fait 1,5 milliards $ de bénéfices. Il a fallu trois heures aux services de sécurité de Twitter pour bloquer l’arnaque. Et ils s’arrachent encore les cheveux pour trouver les coupables : les experts russes du cyber-terrorisme ? les hackers du Dark Net ? les redoutables spécialistes chinois ? En tous cas, une organisation très sophistiquée aux multiples connexions, capables de récupérer les comptes des leaders mondiaux de la finance et de la politique. 

Eh bien, pas du tout. Les fins limiers du New York Times ont retrouvé quelques-uns des hackers, qui se cachent derrière des pseudos : Kirk, lol. Des jeunes de 20 ans, qui habitent aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Espagne. Ces surdoués de l’informatique correspondent par messagerie cryptée et se font payer en bitcoins pour pirater des comptes. Par jeu et pour gagner de l’argent, cette bande de hackers a monté une gigantesque arnaque. Ils ont eu accès à 130 comptes Twitter en modifiant les systèmes de sécurité et ils ont posté ces messages de personnalités promettant la fortune. Les experts essaient de savoir si les hackers ont eu un complice chez Twitter. Ou s’ils ont récupéré les mots de passe en se faisant passer pour un représentant de la société. 

Bon, vous direz, ça n’est pas grave. Quelques gogos ont perdu de l’argent et les jeunes gens se sont fait quelques dollars. Vous avez tout faux ! Les experts en sécurité informatique voient leur cauchemar se confirmer. Si quelques hackers peuvent contrôler les comptes Twitter de personnalités influentes, une organisation pourrait influencer le vote des électeurs lors de la présidentielle du 3 novembre en postant des fakes news. Le New York Times cite : « Imaginez une fausse déclaration sur le compte de Joe Biden, selon laquelle il se retire ». Ou l’annonce d’un gouverneur : des bureaux de vote seront fermés en raison du virus. Des millions d’électeurs sont déjà soumis à une intense bataille de désinformation et ils pourraient faire confiance à un tweet d’une personnalité influente.  

L’Amérique a déjà un système électoral folklorique : chaque Etat a son propre système - machines à voter, fichier d’enregistrement des électeurs, qui ne sont pas sérieusement protégés contre la fraude informatique. On se souvient qu’en 2016, les services secrets russes avaient eu accès aux fichiers du parti démocrate et aux serveurs de la candidate Hillary Clinton. Dans une élection aussi serrée que la prochaine présidentielle américaine, chaque voix compte. Quelques milliers de votes peuvent faire basculer les grands électeurs d’un Etat vers les Républicains de Trump ou les démocrates de Biden. 

Ce grand apôtre de la démocratie, Joseph Vissarionovich Staline, avait dit un jour, avant les élections au comité central du parti communiste : « Les gens qui votent ne décident rien. Ce sont ceux qui comptent les voix qui décident de tout ». C’était au temps du communisme triomphant. Aujourd’hui, ce sont les experts en informatique qui ont les clefs du scrutin. La devise de la campagne américaine 2020 pourrait être : « In Tweet We Trust »

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