France, Club Med du virus

Vous arrivez de Rio et vous débarquez à Roissy. Vous avez rempli l’»attestation de déplacement international dérogatoire» et une «déclaration sur l’honneur que vous ne présentez pas de symptômes d’infection au Covid-19 ». Vous avez aussi complété le « Public Health Passenger Locator Form », dans lequel vous avez indiqué où on peut vous joindre en France. On vous propose d’être testé. Non merci, c’est contraire à ma liberté individuelle. Bienvenue en France ! 

Ça se passe comme ça dans ce beau pays où plus de 30 000 personnes sont mortes du Covid-19 et où l’épidémie flambe dans plus de 200 foyers infectieux. Le Dr Philippe Juvin, chef du service des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou, a raison :  "la France, c'est le Club Med. (...) Les avions atterrissent, les gens sortent de l'avion et puis s’éparpillent."Le génie de la France, c’est son administration et ses fonctionnaires vétilleux, capables de vous pondre en quelques jours ces merveilles de formulaires que le monde nous envie. Comme l’invraisemblable « Attestation de déplacement dérogatoire », que le gouvernement a imposé à tous les Français pendant des semaines. Ou comme l’ »attestation de déplacement international dérogatoire pour la bonne mise en œuvre de l’instruction du Premier ministre n° 6149/SG du 18 mars 2020 relative aux décisions prises pour lutter contre la diffusion du Covid-19 en matière de contrôle aux frontières ». Le ministre est content, les fonctionnaires ont fait leur boulot. Le problème est réglé. 

Qui contrôle que ces merveilleux formulaires sont bien respectés ? Les compagnies aériennes sont « pleinement mobilisées pour la santé de leurs passagers », selon le mantra officiel. Mais elles ne font pas d’excès de zèle. Les formulaires des passagers sont remis chaque jour à Paris Aéroport, qui les conserve un mois pour pouvoir contacter les autres voyageurs si un passager est testé positif. Les aéroports n’en font pas trop non plus. Les passagers qui le veulent bien peuvent bénéficier « d'une prise de température. Pour ensuite être orienté, le cas échéant et s'il le souhaite, vers une prise en charge médicale à l’aéroport ». Tous volontaires, les testés du virus ! De toute manière, on ne pourrait tester qu’un passager sur dix, faute de personnel. 

C’est là que le génie administratif français donne toute sa mesure. Le bon Dr Véran, ministre de la Santé, a précisé qu’on ne pouvait pas obliger un passager à se faire tester, car l’Etat n’a pas transféré ce pouvoir de police à Paris Aéroport. S’il est volontaire, le passager pourra se rendre au centre de dépistage, où un étudiant en médecine fera un test. Un coursier transportera l’échantillon dans un laboratoire. Le passager laissera ses coordonnées et on lui notifiera par mail le résultat. Mais il faut un numéro de téléphone français pour accéder au résultat. S’il est positif, on lui recommandera de rester chez lui pour ne pas contaminer les autres. On se croirait revenu au temps des relais de poste ! Beaucoup de passager affirment qu’on ne leur a rien demandé et qu’ils ont pu se balader librement en France. Le ministre de la Santé avait proclamé que la France ferait 700 000 tests. Les laboratoires ont répondu qu’ils n’en avaient pas les capacités. Prélever un échantillon dans le nez, c’est rapide. Mais l’analyser, ça prend plusieurs jours. Veut pas le savoir, exécution ! Un ministre de la République, c’est comme un maréchal d’empire qui commande, mais ne va pas contrôler si ses ordres sont exécutés. Alors que l’épidémie flambe de nouveau dans les villes touristiques, le gouvernement a fini par se montrer ferme : dès le 1er août, tous les passagers venant de 16 pays, classés en zone rouge, devront se faire tester obligatoirement. Pas les pays de l’Union européenne, faut pas faire fuir les touristes ! Comme l’écrit un lecteur du Figaro : « Fermer la porte du poulailler lorsque le renard est déjà dedans n’est pas d’une utilité stupéfiante ». En février, l’Allemagne faisait 60 000 tests par jours, la France, 3000. Pourquoi ? Parce que des tests, y en avait pas assez ! Bien sûr, ça ne sert à rien de tester tout le monde, mais au moins ceux aussi ont des symptômes du virus.  La sagesse arabe le disait : « Un visiteur fâcheux est plus importun au malade que sa propre maladie ». 

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