Les quatre roues de la fortune électrique

En 1968, l’économiste et sociologue Alfred Sauvy avait publié un essai sur l’automobile intitulé : « Les quatre roues de la fortune ». Aujourd’hui, il affirmerait : The future is grid. La fée électrique est l’avenir de la bagnole ! Tout le monde le proclame : les écolos, bien sûr, mais aussi les politiciens, qui la subventionnent, et surtout, les fabricants de voitures, qui espèrent éviter la faillite. C’est le rêve d’une société propre où tout le monde ira travailler avec une bagnole silencieuse, un bus et un métro sans bruit. Finies, ces vieilles bagnoles, ces autobus hors d’âge, ces rames bruyantes qui polluent nos villes et nos campagnes !

Qu’est-ce que vous attendez ? Le gouvernement vous donne des milliers d’euros pour vous débarrasser de votre vieille voiture diesel, qui ne respecte plus les normes environnementales. Les publicitaires font assaut de créativité pour vous vanter le charme de la Zoé de Renault, de la Model3 de Telsa, de l’ID.3 de VW, de la C-HR de Toyota. Au moment où le Covid a plongé le marché automobile en plein marasme avec des millions d’emplois menacés, le gouvernement français ne va pas balancer 5 milliards € à Renault pour continuer à produire ces petites Captur polluantes. Fabriquez des bagnoles écolos !  On va installer partout des bornes de rechange, le prix des batteries a baissé de 87% en dix ans. Vivent les quatre roues de l’électricité !

L’industrie automobile, qui a dépensé des milliards d’euros en recherche pour fabriquer de nouveaux modèles de voitures électriques, se frotte les mains. Ça redémarre fort en France : 17% des voitures vendues roulent à l’électricité.  Le patron des ventes de VW est ravi : la nouvelle ID.3 attire 37 000 nouveaux clients, qui n’avaient jamais acheté une Golf. De quoi faire oublier le scandale des moteurs truqués qui a coûté des milliards d’amende à la société. Telsa engrange des bénéfices colossaux. Toyota cartonne avec ses voitures hybrides. L’avenir s’annonce radieux.

L’agence financière Bloomberg vient de publier une grande enquête sur les perspectives dans 20 ans. Dans deux ans, il y aura 500 modèles de véhicules électriques sur le marché. En 2040, 58% des véhicules seront électriques, contre 2,7% aujourd’hui. Surtout les bus municipaux, les deux roues et les fourgonnettes. Mais, selon Bloomberg, la consommation d’électricité n’augmentera que de 5,2%. Les émissions de CO2 diminueront, mais, en 2040,  elles seront encore supérieures de 6% à celles de 2019. 

Mais, comme disent les Anglo-Saxons : il n’y a pas de repas gratuit. Pour stimuler la bagnole électrique, les Etats ont sorti leur carnet de chèque : 9000 € de bonus écologique en Allemagne, jusqu’a 13 000 € de prime à la conversion en France. Bien sûr, quand vous dopez un cheval, il cavale ! Les ventes explosent. 22 630 voitures électriques en six mois. Mais, même avec ces largesses, la bagnole électrique est chère : € 70 000 pour une luxueuse Telsa3, € 48 000 pour une ID.3, € 35 000 pour une Hyundai Kona. Vous croyez vraiment que l’employé qui risque de perdre son emploi, que le commerçant qui a dû fermer pendant des mois, que l’hôtelier qui a licencié une partie de son personnel, que tous ces Français vont se ruer chez leur concessionnaire pour acheter une voiture électrique ? 

Ils savent bien que la voiture électrique est écolo, qu’elle est rentable à terme, qu’elle est plus durable. Mais ils ont aussi compris qu’ils devront encore s’endetter, qu’ils devront recharger leur batterie après quelques centaines de km. et qu’il n’y a que 30 000 bornes en France, qui ne sont pas toutes compatibles. Et les spécialistes s’interrogent : le réseau électrique tiendra-t-il le coût si des millions d’automobilistes rechargent leurs batteries en même temps ? Ecolo, la voiture électrique ? En tous cas, pas les batteries, qui sont bourrées de métaux rares comme le lithium. Pour l’extraire, il faut énormément d’eau et les mines empoisonnent la nature et les habitants en Bolivie, en Chine ou au Chili. Ecoutez les vendeurs de bagnoles, mais ne croyez pas tout ce qu’ils vous racontent. Le sage Alfred Sauvy le savait bien : « Le but de l’économie n’est pas le travail, mais la consommation ».

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