France : voilà la cavalerie !

Chaque semaine, en France, un déséquilibré attaque les policiers, tire sur les gendarmes et s’enfuit. Et chaque semaine aussi, le ministre de l’Intérieur fait donner la cavalerie en envoyant des centaines de gendarmes et le GIGN pour neutraliser le suspect. Et les médias montrent en direct les Robocops lourdement armés, casqués et bottés qui bloquent les villages et les hélicos qui tourbillonnent au-dessus des têtes. 

Tout ce cirque sécuritaire et médiatique a un but : convaincre les Français que le président et son ministre de l’Intérieur mettent le paquet pour assurer la sécurité des Français. Tout le monde a compris que l’élection présidentielle, l’an prochain, se jouera aussi sur la sécurité . Les bandes qui se flinguent dans les quartiers, les repris de justice qui détruisent leur bracelet électronique, le trafic de drogue, les femmes agressées dans la rue, c’est le fonds de commerce de Marine Le Pen et de la droite des Républicains. A chaque agression, à chaque fusillade, les apôtres de la fermeté entonnent le même couplet : assez du laxisme des juges, retour des peines plancher, plus de moyens pour la police. Les lieutenants de la présidente du Rassemblement national et les porte-parole de la droite dure se succèdent sur le chaînes d’info pour appeler à la fermeté contre les criminels en fuite. Quand des dizaines de milliers de policiers assiègent l’Assemblée nationale pour réclamer plus de moyens, presque tous les leaders politiques se précipitent pour y être vus. Surtout, ne pas laisser croire qu’on manque de fermeté ! 

Dans une France traumatisée par plus d’un an de mesures contre la pandémie, la violence fait recette dans les médias. Les flics près de chez vous, les hélicos, les malabars du GIGN, ça fait des images sensationnelles, c’est bon pour l’audience, coco ! Plus besoin de regarder les feuilletons policiers à la TV. Les chaînes d’info vous livrent tout chaud et en direct les derniers épisodes du feuilleton. On ne sait pas s’il y a plus d’actes de violence que d’habitude. Mais on en voit plus, on en parle plus. Tout le monde est fasciné par les faits divers tragiques. Ça pourrait vous arriver, à vous aussi. Le conjoint qui pète un câble, le déséquilibré qui agresse un flic et qui tire sur les gendarmes, c’est "la tragédie grecque entre la poire et le fromage ", comme l’affirme l’expert psychiatre Daniel Zagury, cité par Le Figaro. Et la répétition des drames sur l’écran crée une atmosphère de peur généralisée, qui justifie les actions spectaculaires des forces de l’ordre. 

Faut-il vraiment des centaines de policiers pour traquer un suspect ? Faut-il mobiliser un général pour commander l’action ? Faut-il engager l’élite de la police pour neutraliser un dingue de la détente qui a tiré sur un flic ? Faut-il, à chaque fois, faire donner la cavalerie comme dans un western ? Qui vous parle de sécurité ? Décidément, vous ne comprenez rien à la politique. Il s’agit de stratégie électorale pour le président Macron, qui est déjà en campagne pour être réélu en 2022. Comme l’aurait dit Bill Clinton : "It's the politics, stupid"

Et pendant ce temps, aux États-Unis, chaque jour ou presque, un fou furieux ouvre le feu dans un centre commercial, dans une église ou dans la rue et tue des innocents. La police locale abat le suspect et ouvre une enquête. Conclusion : le tueur est un fana des armes qui s’est vengé ou qui a pété un câble, il possède légalement des armes de guerre, qui sont en vente libre, selon la Constitution. Ni le président des États-Unis ni le gouverneur de l’État ne mobilisent des centaines d’hommes de la garde nationale. Un simple fait divers tragique. Les militants anti-gun manifestent, lancent des pétitions et alertent leurs élus. La presse proche des Démocrates publie des articles qui dénoncent ces meurtres et qui rappellent que plus de 30 000 Américains meurent chaque année par balles. Le président Joe Biden a beau déplorer la violence par arme, qui "meurtrit l’âme de la nation américaine" et réclamer des mesures contre le commerce des armes, rien ne change. Parce qu’une majorité d’Américains sont attachés à leurs armes et qu’ils se sont précipités pour en acheter, depuis le début de la pandémie. J’ai entendu plusieurs fois leur argument : "La police arrive toujours trop tard. J’ai besoin d’une arme pour défendre ma famille". 

Bien sûr, la France n’est pas l’Amérique. Mais les armes circulent partout dans l’Hexagone. Avec un bon contact, on vous propose une Zastava M70 en bon état avec son chargeur de 30 cartouches pour 2000 euros. Dans les quartiers, des mômes de quinze ans s’affrontent à la Kalach. Au lycée, on se bat à coup de couteau. Contre cette violence quotidienne, qui pourrit la vie de certains quartiers, comme à Nîmes, à Toulouse, à Vénissieux, les grandes opérations policières ne servent à rien. Le ministre de l’Intérieur vient y faire un tour, de temps à autre, pour promettre des renforts policiers. Il réserve le cirque médiatique pour les déséquilibrés tueurs de flics. 

"La charge héroïque" ou "Rio Grande", ça n’a pas cours dans les 1400 QPV (les quartiers de la politique de la ville), selon le doux sabir du ministère de l’Intérieur. Ces quartiers où il y a quatre fois plus de vols violents avec arme. 

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