La campagne de Napoléon-Macron

Macron

Il faudrait un Victor Hugo pour narrer la formidable campagne que le fringant président de la République a lancée pour rester à l’Élysée, l’an prochain. Il a l’audace, la détermination, le sens de la manœuvre et l’art de la surprise du jeune général corse Napoléon Bonaparte, dont on célèbre le bicentenaire de la mort. Macron a certainement lu les maîtres de l’art de la guerre , Clausewitz, Machiavel et le stratège chinois Sun Tzu, qui écrivait : "Connais l’adversaire et surtout, connais-toi toi-même et tu seras invincible".

Invincible, pas sûr, mais toujours en tête des sondages, à onze mois de la présidentielle. Le général Macron sait qu’il ne faut jamais laisser l’initiative à l’adversaire. Un pont d’Arcole ne lui suffit pas. Il veut en franchir un par mois, en France et dans le monde. Sur le front intérieur, il espère maîtriser le Covid cet été, il a attrapé le virus, mais il l’a vaincu et il s’est fait vacciner. Sa campagne de vaccination bat son plein et atteint ses objectifs. Il promet des centaines de milliers d’euros aux soignants pour calmer leur grogne. Les enseignants en colère ont aussi droit à quelques douceurs. Et face à la fronde des policiers, qui manifestent bruyamment devant l’Assemblée nationale, le stratège en chef fait donner son fidèle maréchal Darmanin et arrose généreusement les mutins. 

Bien sûr, Macron a compris que les élections régionales sont la mère des batailles. Les Républicains contrôlent sept régions et plusieurs grandes villes. Marine Le Pen espère conquérir la région PACA. Plusieurs prétendants au trône de l’Élysée, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, testent leur popularité, mais ils ne passent pas au premier tour. Et les piliers du quinquennat précédent, Hollande, Valls, Cazeneuve, cherchent à se placer. Alors Napoléon-Macron envoie au front ses grognards pour calmer les ardeurs du Rassemblement national et des Républicains, quinze ministres sont candidats aux régionales. Dans la foulée, Macron lance les États généraux de la justice, une grande bastringue pour calmer les juges remontés contre le Garde des Sceaux. L’opposition est asphyxiée devant le déferlement des initiatives présidentielles. Mais le fin stratège sait que le général doit caracoler en tête de ses troupes pour monter sa valeur. Il se lance dans une campagne de France pour écrire le dernier chapitre de son mandat. Il en a marre de gérer la crise du Covid. Il enfile son costume de réformateur et part à l’assaut de ses électeurs. Et ça, il sait faire : les bains de foule, les face-à-face avec les mécontents, les échanges avec les retraités. En 2019, pour solder la crise des gilets jaunes, Macron avait lancé un grand débat national. Le contact direct, prendre le pouls du pays, parler popu, c’est la méthode Macron, qui tombe la veste et prend des notes pour préparer son futur programme. Candidat en 2022 ? Trop tôt pour le dire, prétend benoîtement Macron, pour ne pas être accusé de ne pas respecter les comptes de campagne, ce qui a conduit Sarkozy devant les juges. En lançant son Tour de France, les juristes pensent qu’on ne peut pas considérer légalement que le président de la République fait campagne aux frais de l’État. Et toc pour les opposants qui s'indignent. 

L’offensive du général de l’Élysée paie déjà : les Républicains, en pleine crise existentielle, se déchirent entre ceux qui veulent rallier Marine est ceux qui veulent créer un front républicain contre le Rassemblement national. Le vieux parti de Chirac et Sarkozy cherche un chef pour la présidentielle et est incapable de se mettre d’accord sur la méthode de sélection. A gauche, c’est la chienlit entre les socialistes, les communistes, la France insoumise et les Verts, qui passent leur temps à se tirer dans les pattes au lieu de se mettre d’accord sur un candidat d’union. 

Mais Napoléon-Macron voit plus loin que les frontières étriquées de l’Hexagone. Comme l’illustre Corse, il veut faire briller la France dans le monde. Les augures sont favorables : dès janvier prochain, c’est la France qui présidera le Conseil européen, en pleine campagne présidentielle.  Une tribune médiatique incomparable pour la parole de Macron. Ses adversaires s’en mordent déjà les joues de dépit ! Et hop, la France profite du G7 des ministres des Finances pour faire aboutir un accord sur la taxation internationale des multinationales et lutter contre l’évasion fiscale des GAFA. "La France peut être fière", proclame Bruno Le Maire. Macron est sur tous les fronts. Les militaires maliens en sont à deux coups d’État en moins d’an. Non, mais, ça suffit, déclare Macron. Et il coupe les vivres au colonel Goïta, qui utilise les armes françaises pour se maintenir au pouvoir au lieu de lutter contre le terrorisme islamique. Les 5000 militaires de l’opération Barkhane coûtent plus d’un milliard et ils n’ont pas réussi à démanteler les groupes djihadistes. Et Macron cherche une stratégie pour sortir du guêpier du Sahel où, selon les sondages, moins d’un Français sur deux pense qu’il faut continuer Barkhane. 

Au Ve siècle, le maître stratège chinois Sun Tzu le disait déjà : "Sois subtil jusqu’à l’invisible, sois mystérieux jusqu’à l’inaudible. Alors, tu pourras maîtriser le destin de tes adversaires".  

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