Les larmes de crocodile de Messi

Vous avez été émus par les larmes du footballeur Lionel Messi, lorsqu’il a annoncé qu’il quittait son club de Barcelone ? Moi pas.  Il y a longtemps que je ne crois plus aux états d’âme des sportifs de haut niveau.  Ce ne sont pas de frêles jeunes gens dominés par leurs émotions, mais des athlètes durs à la douleur, âpres en affaires et champions de la communication.

Le joueur argentin a été pendant vingt-et-un ans la star du Barça. En quinze ans, son salaire a passé de 3 à 70 millions d’euros. Il y a quatre ans, Messi a signé un contrat pharaonique de 555 millions d’euros pour quatre ans. Mais le Barça vit depuis des années au-dessus de ses moyens. Le club catalan est endetté jusqu’au cou. Et la Liga a fixé un plafond aux folies financières. Mes excellents confrères sportifs m’ont expliqué le truc : Messi est en fin de contrat. Le Barça ne peut le recruter que si sa masse salariale est au maximum de 70% de son chiffre d’affaires. Avec son salaire de misère, 95% des ressources du club auraient passé dans la poche du beau Lionel.

Vous comprenez pourquoi j’ai de la peine à pleurer avec les fans du Barça.  Partout, le foot professionnel est en train de connaître les vaches maigres. Fini, les folies. Finis, les achats de joueurs à plusieurs dizaines de millions.  Ça ne vous choque pas, vous, que le PSG de l’émir du Qatar propose un salaire net de 40 millions d’euros à Messi, plus que les malheureux 35 millions au Brésilien Neymar ? Une chose m’a toujours étonné : pourquoi les gilets jaunes ne protestent-ils jamais contre les salaires pharaoniques des stars du ballon, alors qu’ils hurlent contre le grand capital et les bénéfices des Pharmas ? Peut-être parce que le football est l’opium du peuple ?

En moyenne, un footballeur professionnel en ligue 1 en France gagne 94 000 euros bruts par mois. Pas mal, dans un pays où le salarié moyen gagne 47 000 euros bruts ! Les joueurs, c’est le capital du club, qui les forme, les vend, les échange, les achète comme une marchandise. C’est un marché du travail très spécial. Mais le Covid a vidé les stades, les sponsors se font tirer l’oreille et les chaînes de TV ne se battent plus à coups de milliards pour transmettre les matches. Et les méchants de l’UEFA obligent les clubs à ne pas dépenser plus que ce qu’ils gagnent. La misère du foot pro, c’est à pleurer !

Alors, la belle comédie de Lionel Messi et ses larmes de crocodile, moi, ça ne me fait pas vraiment gémir. Le barbu argentin devrait relire cette maxime du journaliste uruguayen Eduardo Hughes Galeano : Dans sa vie, un homme peut changer de femme, de parti politique ou de religion. Il ne change pas de club de football.

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